Cette note collige les savoirs qui ont été récoltés lors de l'activité Rêver ensemble: savoirs et perspectives féministes, qui s'est déroulée lors de la Journée des savoirs ouverts 2024.
Contexte de l’atelier
L’activité s’est déroulée dans un espace en non-mixité choisie, réservé aux femmes et aux personnes non binaires. Samantha Lopez Uri a guidé les participant·es dans une réflexion collective autour des savoirs et perspectives féministes.
Rendre compte de cet atelier est un exercice complexe. Comment transmettre toute la richesse des discussions, tout en protégeant cette bulle créée dans la salle ? Comment rapporter des propos qui passent par le filtre de mes notes et de ma propre expérience ? Ce résumé offre donc un aperçu partiel des échanges qui ont eu lieu lors de ces 90 minutes si riches.
Citations marquantes des participant·es
- « C’était un espace de ralentissement. »
- « Pas de récolte, ça fait du bien. »
- « Nous avons recentré nos voix. »
- « Le dispositif nous a permis d’entrer vite dans la matrice. »
La création de notre espace
Dès l’entrée, une énergie particulière se ressent : des lumières habillent l’espace, des poufs au sol, des tables rondes où les discussions sont déjà bien amorcées. À l’avant, un altar sur un aguayo présente des livres et objets symboliques. Samantha explique qu’il s’agit d’un espace pour honorer les personnes qui ont nourri sa réflexion, et invite les participant·es à y ajouter les noms de celles et ceux qui les ont inspiré·es.
Pour en apprendre davantage sur El altar comme processus de guérison et de connexion.
Samantha a accueilli les participant·es avec calme et ancrage, partageant son parcours, posture et réflexion sur les savoirs féministes. Elle veille à ce que l’espace favorise les échanges tout en fixant des limites claires : tout propos raciste, misogyne ou excluant ne serait pas toléré. Puis, elle a introduit les questions fondamentales de l’atelier : « Qu’est-ce qu’être féministe ? », « De quoi parle-t-on lorsqu’on parle de perspectives féministes, de savoirs féministes?»
Un espace hors du temps
Avant l’atelier, les participant·es avaient été invité·es à apporter un objet ou un livre significatif en lien avec les savoirs féministes. De plus, les questions présentées au début guidaient les discussions en sous-groupes tout en laissant une grande liberté pour explorer ce qui résonnait le plus pour chacun·e.
Sans pression de performance ni de résultats, ayant l’espace et le temps pour s'immerger, l'atelier a permis d’approfondir les échanges. Voici quelques idées partagées :
- Connecter par nos expériences personnelles : Les participant·es ont utilisé leurs vécus comme points de départ pour comprendre et se connecter, au-delà des concepts théoriques.
- Célébrer et résister : Militer, c’est aussi célébrer le fait d’être en vie malgré les contraintes du capitalisme et des inégalités. C’est aussi se partager des stratégies pour résister aux injustices, notamment au travail, lorsque certain.es sont discrédité·es sur leurs propres sujets d’expertises.
- Reconnaître les savoirs essentiels et expérientiels : C’est oser être soi, c’est libérer la parole, car être soi-même permet déjà d’offrir d’autres modèles. Ce sont ces personnes (femmes et personnes non-binaires) qui ont brisé les codes dans nos familles et/ou communautés qui nous ont souvent servi de « boussoles ». C’est aussi l’importance d’être reconnu·e comme expert·e de son propre vécu, quelle que soit la sphère (médicale, professionnelle, personnelle), et lutter contre la posture d’expert externe.
- Partager et apprendre: La transmission des savoirs intergénérationnels entre femmes et personnes non-binaires a été mentionné comme essentielle. « Nos mères et nos amies ont fait le travail en partageant, mais on reproduit ce qu’on voit. » Il a donc été souligné «l’importance de partager très tôt qu’est-ce que ça signifie d’être une femme dans ce monde».
- Occuper les espaces et nos corps: L'importance des savoirs transmis par les corps parfois au-delà des mots et la puissance des espaces intimes comme les soirées pyjama, identifiés comme dans les premiers « safe spaces » d’exploration de ‘’tabous’’ et d’échange pour certain.es . À la fin de l’atelier, un·e participant·e a remarqué les figures masculines peintes au plafond et a déclaré : « Quatre hommes nous écoutent, et c’est pour ça que c’est important d’occuper l’espace.»
Quelques réflexions sur nos rapports aux espaces de discussion en milieu professionnel
En parallèle de l’atelier et en observant les différentes dynamiques et réalités des sous-groupes, j’ai souhaité explorer plus en profondeur certaines thématiques voire même tensions qui reviennent lorsqu’on ouvre des espaces de discussion. Ce sont des pistes pour réfléchir collectivement à notre posture comme participant.es, mais également lorsque nous souhaitons ouvrir et accompagner ce genre de discussion. Notre manière d’amener et de guider ces espaces ou de les occuper est teintée par nos savoirs et nos rapports au monde, il peut donc être intéressant de les conscientiser et de les questionner ouvertement.
Besoin de structure vs. d’échanges ouverts :Certaines personnes montrent un besoin clair d’un cadre bien défini pour se sentir à l’aise dans les échanges, tandis que d’autres valorisent les questions ouvertes, qui leur permettent d’aborder rapidement des aspects personnels librement plutôt que de rester au niveau théorique ou dans un cadre prédéfini. L’absence de structure stricte génère parfois un inconfort chez certain·es participant·es, qui expriment un besoin de repères et de consignes précises pour se sentir plus à l’aise. Ce besoin de structure peut s’opposer à d’autres besoins de fluidité, flexibilité et d’ouverture où la parole et la présence sont au cœur de la rencontre.
Expériences professionnel versus personnels :Des différences apparaissent aussi dans l’orientation des échanges : certain·es privilégient les discussions centrées sur le travail, les aspects techniques, théoriques et professionnels, tandis que d’autres valorisent et investissent plus les aspects personnels et informels.
Rapport au temps et à la performance :Le rapport au temps varie également, certain·es trouvant la durée des discussions longue ou inefficace lorsque des temps prolongés sont accordés aux échanges exploratoires ou personnels. Ces personnes peuvent percevoir un besoin de concision et d'efficacité, privilégiant des discussions plus directes et orientées vers l’action. Ce contraste dans la perception du temps influence les attentes quant à la structuration des activités et au rythme des échanges.