Cette note a été produite dans le cadre de la programmation du colloque Politique des communs (2024) organisé par le CRITIC au 91e congrès de l'ACFAS.
Chloé Demuynck
15 mai 2024
Résumé
Ce projet de recherche porte sur les communautés écologiques au Québec. Il s’intègre dans le cadre des recherches d’anthropologie menées sur les relations socio-environnementales, dans le contexte des changements climatiques contemporains. Souvent étudiées sous l’angle politique de la critique sociale et de l’alternatif, les communautés écologiques représentent un phénomène de marge et de mobilisation identitaire. Ma recherche vise plutôt à les approcher sous l’angle des transformations socio-écologiques qu’elles inspirent à partir de leur déconstruction et de leur remodelage culturel, nous invitant à penser de nouvelles réalités. On retrouve dans le réseau des éco-communautés québécoises toutes sortes d’initiatives, allant du cohabitat urbain à l’écovillage rural économiquement suffisant. Pour ce colloque, je propose de réfléchir aux pratiques que les communs produisent en écovillage à partir d’une ethnographie menée dans le Canton de Ham-Nord de août à novembre 2023.
Introduction
Le constat de l’état de crise généralisée des dernières décennies (réchauffement climatique, épuisement des ressources, pauvreté et précarité, tensions géopolitiques) a amené une partie de la population à se tourner vers des alternatives instigatrices de changements sociaux. Répondant à des préoccupations écologiques et socio-économiques, les éco-communautés se placent sur la scène des réponses potentielles à ces phénomènes de crises. À partir d’une déconstruction et d’un remodelage culturel, elles génèrent des transformations substantielles, qui invitent ses habitants à expérimenter de nouveaux modes de vie pour penser de nouvelles réalités. À l’instar de Lachapelle et Furukawa Marques (2023) qui présentent une convergence entre les transformations socio-politiques des communs et des pratiques émancipatoires de l’autogestion, les initiatives éco-communautaires peuvent être abordées sous l’angle théorique de la deuxième école de pensée des communs, soit selon la forme particulière d’organisation sociale que ces communautés incarnent à plusieurs égards à des fins d’émancipation du capitalisme (Dardot et Laval 2014 ; Furukawa Marques et Durand 2023). Elles présentent en ce sens un intérêt pour observer et tenter de comprendre les pistes possibles de transition socio-écologique dans le contexte québécois. Plus spécifiquement, nous nous intéresserons ici aux résultats obtenus lors d’une activité de recherche participative menée dans un écovillage au Centre-du-Québec, qui s’inscrivent dans le cadre de ma collecte de donnée ethnographique réalisée d’août à novembre 2023. Après une brève mise en contexte de la création de l’écovillage, nous verrons quelles sont les aspirations communes ressorties durant l’activité, telles qu’identifiées par les participants comme étant des éléments essentiels pour créer leur collectivité. Nous réfléchirons ensuite aux perspectives de transférabilité qu’elles offrent pour concevoir les transformations écologiques dans leurs pratiques de communalisation (Abraham et Fourrier 2023).
Méthodologie
Le photovoice est une méthode de recherche collaborative développée par le pédagogue brésilien Paulo Freire (1973) en s’inspirant de la philosophie du développement communautaire, puis reprise par les chercheuses Wang et Burris (1997) pour explorer les raisons, émotions et expériences qui mènent les individus au choix de leur photographie, pour percevoir le monde à partir du point de vue des participants. Il s’agit d’une méthode qui vise à aller au-delà de la collecte de données, puisqu’elle mobilise les outils des acteurs selon leur culture afin de former la recherche et d’en identifier les différents aspects d’un commun accord. Dans le contexte de cette recherche, l’idée principale du photovoice était de jouer une fonction de miroir sur la communauté, pour permettre d’appréhender les réalités des personnes telles que vécues et interprétées par elles-mêmes. L’activité offre ainsi un espace d’analyse collaborative qui invite à envisager des façons innovantes d'imaginer le monde à partir des perspectives des participants. Je l’ai proposée aux membres de l’écovillage afin d’engager une réflexion critique avec eux pour répondre aux trois objectifs de ma thèse, à savoir 1) comprendre leur relation à l’environnement, 2) analyser les conditions de leur mode de vie communautaire, et 3) saisir les enjeux affectifs et techniques du futur en communauté. La directive était de photographier ce qui représente selon eux l’esprit du quotidien de leur communauté. À l’aide d’une personne participante, nous avons planifié et coanimé l’activité sur deux heures, de sorte à la segmenter en quatre parties : la première partie consistait en un tour de présentation individuelle des photographies, suivie d’une discussion visant à reprendre les thématiques abordées par chacun dans leurs photographies, ainsi que les forces et les défis inhérents à ces thématiques. La deuxième partie invitait les participants à choisir la photographie qui, selon eux, incarnait le mieux toutes les thématiques abordées. La troisième partie consistait en un atelier d’écriture individuel de contextualisation de la photographie collectivement choisie. Enfin, la quatrième partie visait à mettre en commun les thèmes de contextualisation récurrents afin de faire ressortir les éléments les plus emblématiques de la communauté, pour finalement conclure sur une analyse de son essence et de la manière dont elle peut être définie auprès d’un public non familiarisé. L’activité a été transcrite en verbatim puis analysée de façon inductive à l’aide d’un logiciel d’analyse de données qualitatives, selon la démarche de thématisation en continu (Paillé et Mucchielli 2021).
Résultats
L’histoire d’un projet commun
La communauté, située dans le Canton de Ham-Nord, fait partie du Global Ecovillage Network et représente la plus grande éco-communauté de la province. Réunissant plus d’une centaine d’habitants sur trois générations, son histoire débute en 1983 par l’initiative d’un camp d’été offrant des apprentissages en nature pour les enfants. Face au grand enthousiasme qu’il a généré auprès d’eux, un petit groupe de familles s’est mobilisé pour le transformer un an plus tard en école. Reconnue par le ministère de l’Éducation du Québec, sa pédagogie est axée sur un système d’apprentissage alternatif, inspiré notamment de la pédagogie de Rudolph Steiner, de Peter Deunov et d’Omram Mikhaël Aïvanhov ; et dont les enseignements ont principalement lieu en nature afin de concilier théorie et pratique. Du fait des principes holistiques qui encadrent cette éducation et pour en assurer la cohérence, il a rapidement été de mise de réunir famille, travail et environnement dans un même milieu de vie : élargissant alors l’école à une communauté intentionnelle aux dispositions écologiques. Au fil des années, celle-ci développe diverses entreprises telles que la production agricole biologique ou la vente d’articles New Age, créant une éco-communauté économiquement viable. Tous ses membres vivent sur les lieux dans des logements intergénérationnels, et travaillent sur place dans les secteurs d’activités qu’ils ont eux-mêmes créés. L’écovillage propose également ses savoirs aux personnes extérieures intéressées par son mode de vie, notamment via un programme de stages et une formation en Éducation au Développement d’Écovillages (EDE). Communauté écologique, économique, sociale et spirituelle, l’écovillage se démarque comme un « commun » de relations des vivants développées sur la coopération et le partage (Fournier 2013 ; Weber 2012).
Création d’un commun : quel paradigme pour la collectivité ?
Une localité
L’activité du photovoice a débuté avec la présentation d’une photographie de la grande salle, cet espace communautaire dans lequel « il s’en est passé des affaires » ! La grande salle est une vaste pièce localisée au premier étage de l’école, dans le premier bâtiment construit. Elle est l’endroit de prédilection pour les diners quotidiens, les réunions des membres et les activités festives. Pour les membres de la communauté, elle constitue à la fois un espace de rassemblement, de connexion, de divertissement, d’éducation, de gouvernance et de partage ; un partage d’idées, d’émotions, de ressources et de décisions. De cette photographie finit alors par en émerger toutes les autres : lorsqu’il a été demandé aux participants de sélectionner celle qui représentait selon eux le mieux la communauté et les thèmes qui la définissent, la grande salle a été choisie pour réunir chacune des autres photographies présentées. Inséré tels des tableaux accrochés aux murs, l’ensemble des photographies en fait naître une nouvelle, qui « représente toutes les facettes de [leur] vécu communautaire ». Dans la grande salle, on retrouve ainsi deux photographies de paysage, deux photographies avec des enfants en nature, ainsi que deux photographies de construction ; une représentation très significative pour les participants, qui identifient l’espoir, le tissu social, l’éducation et la connexion à la nature comme quatre thèmes interreliés et essentiels à la création d’un commun en continuelle progression.
Un projet de changement
Le thème prédominant est d’abord celui de l’espoir, suivi par celui du tissu social : « rassemblés sous un même toit pour cheminer vers l'espoir d'un nouveau monde », « l'espoir d'un monde meilleur pour les enfants d'abord, pour les adultes [ensuite] qui vont encadrer ces enfants ». Depuis ses débuts, la communauté inspire toujours après quarante ans « un avenir trépidant et rempli d'espoir » pour ses habitants. « Tellement de projets y ont vu le jour, des idées qui ont germé jusqu'à l'accomplissement de celles-ci », nous dit une personne participante, pour qui la multitude de possibilités offerte par la vie en communauté lui génère un engouement qui semble intarissable : « moi c’est pour ça que j’ai choisi l[’écovillage], puis c’est encore pour ça que je l[e] choisis, parce qu’il se passe toujours quelque chose, puis on ne sait jamais l’année prochaine ce que ce sera. » Corollairement, l’espoir est nourri par les constructions collectivement façonnées sur les plans physiques et métaphysiques : « tout ce qu’on a construit à l’extérieur puis à l’intérieur de chaque individu ». Plusieurs fois mentionnées, les multiples interactions quotidiennes jouent une fonction de miroir dans lequel se reflètent les différentes facettes du caractère de chacun. « Quand t'arrives puis que t'as des choses à travailler, puis que dans la société ça ne te le reflèterait pas, ici c'est pas long que tout le monde te le reflète », relève l’un des participants. La confrontation au groupe éveille l’interrogation sur soi-même et sur sa propre influence, faisant du développement personnel une pratique transversale qui, en opposition à un mode de vie en cellule unifamiliale, s’avère incontournable dans l’adoption du mode de vie communautaire. Ainsi, un participant explique :
« La force de la communauté c'est le travail sur soi qu'on peut faire, que dans la société, moi en tout cas c'est comme ça que je le vois, la vie est plus superficielle, t'es moins porté à devoir aller en dedans, puis à améliorer des choses pour que ça aille bien. »
L’importance de travailler sur soi ressort également au travers des thèmes de l’éducation et de la connexion avec la nature. La communauté est fondamentalement centrée sur son école, dont l’une des valeurs éducatives est d’apprendre aux enfants à se soucier de la nature qui les entoure, de manière à la respecter et à en être responsable, « parce que la nature, elle fait partie de ». En ce sens, la connexion qu’ils développent avec leur environnement est cruciale dans leur cheminement communautaire : « la connexion avec la nature, c'est comme un thème un peu en soi parce qu’il y a le milieu de vie, mais y'a aussi que c'est... un certain sens avec le développement personnel, notre côté évolution. » La nature inspire « la beauté et la profondeur de [leur] cheminement d'êtres spirituels », notamment par analogie, comme le fait un participant avec sa photographie :
« Il pleuvait où est-ce qu’on était, et le ciel était complètement bouché, complètement gris. Puis au fond, y’a l’arc-en-ciel. […] Ça faisait comme une porte dans le ciel. C’est l’espoir d’un monde meilleur. Puis, c’est vers là qu’on s’en va. »
« Le chemin est pas tracé mais on y va ! »
Ainsi fondés sur une pédagogie rattachée à l’environnement naturel dans lequel ils vivent, et articulée autour de croyances spirituelles holistiques, enfants et adultes construisent un commun « rassembleur », « où les défis seront relevés un à un […] pour le futur, et [pour] garder l'espoir d'un monde meilleur ».
Une intrication intangible
L’élément le plus fédérateur semble être l’apprentissage permanent qu’offre le milieu communautaire : « tant que je vais avoir l'impression d'apprendre puis d'évoluer, je vais rester ». Il est nourri de tous les défis que présente la vie collective : « la patience », « la communication », l’« accept[ation du] rythme de la vie ». Comme le soulignent ces participants, « moi si c'était pas mon projet là, au départ foncièrement dans mon cœur, je ne serais pas restée », « les défis t’écrasent si c’est pas ton projet ». La communauté part d’une motivation profonde à vivre une expérience différente des coutumes de société usuelles dans le but d’élever sa conscience « pour avancer intérieurement ». Ainsi, chacun doit être prêt à évoluer, tel que l’exprime cette analogie avec la photographie sur laquelle on peut voir un monte-charge :
« Le monte-charge représente qu’on doit s’élever au-dessus de nos petits égos qui continuent à avoir de l’idéal, puis monter notre idéal pour justement alimenter l’intérieur, qui alimente les enfants, la famille, qui, en fait, fait que c’est un milieu vivant continuellement. »
Comme l’exprime ce participant, l’implication dans la communauté génère un sentiment d’appartenance et de contribution au monde qui va au-delà de son individualité, en suscitant une forme de complétude de son potentiel :
« Pour moi, dans la communauté, c'est participer à quelque chose de plus grand que nous. C'est quelque chose qui pour moi est très nourrissant. Puis ça fait partie aussi de... pourquoi j'veux continuer dans ce projet-là. Parce que c'est comme si c'est quelque chose de plus que ce que je pourrais réaliser moi-même tout seul. »
Toutefois, plusieurs évoquent devoir régulièrement s’interroger sur leur limite personnelle pour décider jusqu’où s’investir par rapport aux besoins collectifs : « s'impliquer à fond tout en se respectant, un vrai défi avec l'évolution des années qui passent et l'âge qui amène des choix. La communauté représente la vie en continuel changement. »
Somme toute, les résultats font ressortir la place prédominante du développement personnel dans la construction des communs. Il permet à la fois de maintenir le tissu social qui rend possible et conviviale la vie communautaire, mais il répond également au besoin de déconstruction de normes sociales internalisées pour envisager un modèle qui sorte des rapports de production capitaliste et qui englobe des relations holistiques. Une fois cette démarche entamée, elle instigue un cheminement personnel en chacun, dont la vision d’un monde meilleur inspire le changement autant qu’elle produit un sens commun.
Analyse & Discussion
Les communautés intentionnelles écologiques constituent des incubateurs aux communs (Federici 2009) et s’intègrent dans « des ensembles de pratiques sociales ancrés dans des collectivités autodéterminées » (CRITIC 2023). Ce type de communautés se définie comme un groupe de personnes ayant choisi de vivre ensemble pour partager un but commun (Sargisson 2004), alternatif à la culture dominante (Lockyer 2007 ; Miller 1999) et de nature transformative (Escribano, Lubbers et Molina 2020), c’est-à-dire qui se réunissent autour d’un projet de vie par lequel ils visent une transformation sociale plus large à laquelle ils contribuent grâce aux répercussions de leur influence (Ergas 2010). À leur organisation communautaire s’intègrent des préoccupations environnementales, créant des dispositions particulières organisées autour de l’écologie, comprise au sens des interdépendances naturelles ou perçues comme telles (Kirby 2003). Dans le récit des participants, la communauté apparait comme le siège d’une transformation sociale porteuse d’un projet dont l’ambition consiste à créer un monde d’avant-garde. Partie d’un rêve d’une jonction idyllique entre travail, famille et santé, la communauté est un milieu de vie pensé pour incarner un monde utopique. Comme l’explique Federici (2009), la communalisation permet de réconcilier ce que la division sociale du travail a séparé. L’exemple de cet écovillage démontre que ses acteurs développent la production d’eux-mêmes en tant que sujets communs, par leur accès à la terre et aux ressources, par leur capacité de reproduction et par leur tissu social. Les participants expriment nettement que l’expérience communautaire s’inscrit dans une volonté de coconstruire un monde qui réponde à une vocation spirituelle, intégrant l’harmonisation du vivant par « la possibilité de choisir de vivre autrement » (participant au photovoice). Cette vision est transmise aux enfants dans la perspective de leur offrir un milieu propice à leur épanouissement. La communalisation est ainsi produite et reproduite non seulement dans la continuité du schéma social de la communauté, mais aussi par l’interprétation et la pratique collective qui en est faite au travers de l’école. Ce cycle complet de transmission des savoirs et des pratiques des communs offre alors la possibilité de vivre dans une organisation sociale où chacun est porté à employer ses propres moyens de production pour eux-mêmes et pour leur communauté (De Angelis 2007 ; Federici 2009 ; Fournier 2013).
Par ailleurs, la solidité de la communauté requiert une réflexivité singulière de la part de tous ses membres pour assurer la synergie collective. Elle est rendue possible par deux éléments fédérateurs : un lieu physique et une vision morale. Le lieu physique, la grande salle, génère une mise en commun organisée pour la communauté, et productrice de biens communs au travers de tous les partages qui y sont échangés (Fournier 2013). Elle est autant le résultat d’une construction collective menée par la communauté elle-même que l’alliage qui l’établit dans le temps, offrant un espace de développement basé sur des relations de coopération et d’échanges de services. En outre, les relations sociales sont inséparables des relations à la nature (Linebaugh 2007). À l’instar de la réflexion proposée par Weber dans la biologie des communs (2012), la communauté constitue un modèle de transformation autant dans son approche de l’aspect incarné que dans son approche de l’aspect matériel de l’existence humaine et non-humaine. L’idée selon laquelle les individus se réalisent au travers de la prospérité des systèmes vivants desquels ils font partie est ainsi fondamentale aux biens communs. Invitant à penser la réalité dans un continuum du vivant plutôt que dans des divisions dualistes, la pratique des communs constitue alors la pratique de la vie, reposant sur un équilibre fragile entre l’autonomie et la relation de toutes ses parties (Weber 2012). Ainsi envisagée comme un ensemble, la nature est comprise comme faisant partie d’un tout au sein duquel chaque composante doit évoluer en harmonie, à commencer par les membres de la communauté entre eux, et avec leur milieu de vie.
Conclusion
Ce travail nous invitait à réfléchir aux transformations socio-écologiques que peuvent inspirer les pratiques des communs dans le cas particulier de l’écovillage du Canton de Ham-Nord. Nous souhaitions savoir quelles étaient les aspirations communes autour desquelles se réunissent ses membres, et de quelles manières leurs pratiques pouvaient être transférables dans une perspective d’émancipation du capitalisme. Les résultats de l’activité de recherche participative, mobilisés sous les angles de l’espoir, du tissu social, de l’éducation et de la connexion à la nature, et discutés à la lumière des théories des communs, nous ont permis d’identifier plusieurs axes d’analyse. D’une part, la communauté s’est construite sur l’espoir de créer un monde meilleur pour des personnes désabusées du système actuel. La poursuite d’un mode de vie alternatif entraîne une nécessité de travail sur soi pour interroger des habitudes préconçues et envisager une transformation sociale, qui prend la forme d’un véritable projet de vie. Ce projet invite alors à développer des expériences nouvelles permettant de prendre conscience d’un ensemble plus grand que soi, qui se présente sous un aspect de transcendance spirituelle et d’harmonisation du vivant. D’autre part, la connexion à la nature, transmise par une éducation axée sur l’ensemble des communs, vise l’épanouissement des individus par la création de sens au travers de la prospérité du système vivant. Envisagée sur un continuum, la communauté prospère sur un équilibre entre l’autonomie et les relations de ses membres, dont il revient à chacun de définir ses conditions pour respecter ses limites personnelles. Enfin, le sentiment d’appartenance et l’envie de contribuer à cet ensemble entraînent un processus collectif d’autogestion selon lequel chaque membre est le produit des communs, réunis par un système de coopération et de partage. Bien que ces conclusions s’appuient sur des résultats de recherche préliminaires et sont donc limitées à l’analyse d’une activité spécifique, elles invitent à explorer les initiatives éco-communautaires comme des démarches créatives favorisant la croissance des communs par la réalisation de soi des membres qui le constituent.
Bibliographie
Abraham, Y.-M. and A. Fourrier, 2023, "Mais vous êtes donc communiste? Complément d’enquête sur les communs." Recherches sociographiques 64(1).
De Angelis, M., 2007, The Beginning of History: Value Struggles and Global Capital. London: Pluto Press.
Escribano, P., M. J. Lubbers Et J. L. Molina, 2020, « A typology of ecological intentional communities: Environmental sustainability through subsistence and material reproduction », Journal of Cleaner Production, 266.
Federici, S., 2009, Feminism and the politics of the commons. In C. Hughes, S. Peace & K. Van Meter (Eds.), Uses of a WhirldWind: Movement, Movements and Contemporary Radical Currents in the United States (pp.283-294). Oakland: AK Press.
Fournier, V., 2013, "Commoning: on the social organisation of the commons." M@n@gement 16(4).
Furukawa Marques, D. and J. Durand Folco, 2023, "Omnia sunt communia : un état des lieux des communs au Québec." Recherches sociographiques 64(1).
Kirby, A., 2003, « Redefining social and environmental relations at the ecovillage at Ithaca: A case study », Journal of Environmental Psychology, 23, 3 : 323-332.
Lachapelle, M. D. and D. Furukawa Marques, 2023, "Communs et autogestion : redécouvrir les pratiques émancipatoires du Québec des années 1960-1980." Recherches sociographiques 64(1).
Linebaugh, P., 2007, Magna Carta Manifesto: Liberties and Commons for All. Berkeley, CA: University of California Press.
Lockyer, J., 2007, Sustainability and utopianism: an ethnography of cultural critique in contemporary intentional communities. Ph.D thesis, Department of Anthropology, University of Georgia.
Sargisson, L., et L. T. Sargent, 2004, Living in Utopia : New Zealand's intentional communities. Aldershot, Ashgate.
Weber, A., 2012, The Economy of Wastefulness: The Biology of the Commons. Dans Bollier, D. and S. Helfrich, 2012, The Wealth of the Commons: A World Beyond Market and State, Levellers Press.