Dans son témoignage, Vincent Charlebois nous raconte ce que ça signifie, pour lui, de résister en douceur, cette forme de désobéissance tranquille qui se manifeste dans le collectif. Ces mots font suite à sa participation à la Journée des savoirs ouverts organisée le 30 octobre 2025 au Musée McCord Stewart. Pour voir l'ensemble des témoignages, accédez au carnet Témoignages des participant·es à la Journée des savoirs ouverts 2025.
Lors de cette discussion, la résistance est rapidement apparue comme une lutte personnelle. Résister au système, quand il s’est infiltré jusqu’à nos gestes les plus quotidiens, c’est souvent devoir résister à soi-même. Résister à nos réflexes de productivité et d’efficacité.
Dans mon domaine, la résistance douce prend la forme d’un choix d’outils. Utiliser des technologies libres, non extractivistes. Refuser la dépendance aux géants du numérique. Tisser d’autres infrastructures, plus lentes, mais plus justes. C’est une forme de désobéissance tranquille : des plateformes qui résonnent avec nos valeurs, plutôt qu’avec la logique de la performance.
Pourtant, ce jour-là, la conversation a pris un autre tournant. Alors que je voyais la résistance comme une exploration d’alternatives technologiques, la discussion a glissé vers nos réflexes de performance : les courriels et les heures supplémentaires.
Comment résister à la pression d’être toujours disponible, toujours réactif·ves? Plusieurs parlaient de cette résistance du quotidien :
- ne pas répondre après 17 h;
- dire non à une réunion de trop;
- s’autoriser à ne rien faire.
Je comprends cette lutte. Je la vis aussi. Mais elle me semble souvent marquée par un constat d’échec. Quand la résistance devient une bataille intérieure, c’est que le système a déjà gagné du terrain en nous. Résister à soi-même et à nos réflexes hérités de la productivité, c’est nécessaire, mais limité. Le vrai basculement naît dans la réinvention des liens.
La résistance douce, pour moi, se manifeste dans le collectif. Dans cette petite salle ronde où nous étions rassemblé·es, nos corps rapprochés, nos respirations réchauffant la pièce. Dans ces silences denses, doux, organiques, où circulait quelque chose de vivant, il y avait cet espace d’échange loin du rythme de la performance.
Résister en douceur, c’est peut-être ça : créer des conditions où la parole peut exister sans se mesurer. Où le temps retrouve sa profondeur. Où le soin devient une forme d’action.
Être ensemble, simplement, c’est déjà résister. Ce moment partagé, cette attention mutuelle, en faisaient une expérience concrète. C’est un rappel que le changement se construit collectivement, dans ces liens que l’on tisse.