Des futurs numériques (très) légers
Fin juin 2025, en route vers Virage à Petit-Saguenay : un magnifique village au creu de falaises majestueuses, une programmation bouillante et une grande question en tête - à quoi pourrait ressembler un future numérique souhaitable en dehors des GAFAM ? C’est pour tenter d’imaginer des réponses à cette questions que Soleil, Joël et Sam (de Projet collectif), François (de FACiL) et Élise (de Co-Savoirs) se sont donné·es rendez-vous pour y animer deux ateliers sur les façons de quitter les GAFAM et imaginer d’autres possibles.
Leur motivation ? Ouvrir des espaces de réflexions collectives, pas seulement techniques, mais aussi politiques, éthiques et pratiques. Car derrière la sortie des GAFAM, il y a bien plus qu’un changement d’outils: il y a un projet de société. Quelles valeurs voulons-nous porter dans nos manières de nous organiser, de collaborer, de documenter, de tisser du lien ?
Une table ronde pour poser les bases
Le premier atelier posait les bases. François de FACiL est venu présenter le concept de logiciel libre et ainsi que son travail d’adaptation des services FACiL au Québec. Joël de Projet collectif a par la suite présenté les enjeux liés aux GAFAM et les leviers et défis rencontrés dans notre volonté de se sortir de leur emprise, notamment au travers le développement des plateformes En commun. Finalement, Élise de Co-Savoir a rappelé, avec justesse, que les fractures numériques sont aussi sociales et politiques, et que tout ne doit pas passer par l’écran.
Puis, place à l’imagination. Chaque sous-groupe a reçu un mini-zine pour guider une réflexion : Comment imaginer un futur numérique souhaitable dans une société post-capitaliste ? Un vingtaine de minutes plus tard, les participant·es ont été invité·es à venir partager au micro leurs visions. Et là… surprise.
Ce futur numérique tant souhaité? Il était très peu numérisé. Moins d’écrans, moins de cellulaire, moins d’accès facilité au numérique (heures limitées, lieux limités, besoin de pédaler pour générer l’énergie nécessaire, etc.) Des outils simples, légers, solidaires, choisis plutôt que imposés. Est-ce une spécificité des participant·es de Virage ? Des habitant·es de la région de Petit-Saguenay ? Peut-être. Mais on a surtout ressenti une importante conscience des impacts sociaux et écologiques de nos choix d’outils (qu’ils soient numériques ou non).
Un atelier pour mettre les mains à la pâte
Dans le second atelier, on pensait mettre les mains à la pâte : accompagner les gens dans leur expérimentation concrète des plateformes numériques alternatives… Finalement, le lieu prévu pour une quinzaine de personnes s’est retrouvé garni d’une bonne soixantaine de personnes ! L’atelier d'Elise sur les approches low-tech ou hors tech a de loin été le plus populaire. Animé autour de mises en situation et de discussion, il a été l’occasion d’échanges riches et vibrants! Pour sa part, François a eu l’occasion de démystifier ce que sont les services FACiL, de répondre autant à des questions hyper pragmatiques et des questions techniques plus pointues. Finalement, Sam et Soleil de Projet collectif ont eu l’occasion d’avoir des échanges plus profond avec quelques personnes pour présenter la démarche derrière les plateformes En commun, la vision d’une collaboration dans un tier-lieu numérique. Pour l’occasion, des zines avaient été créés pour permettre aux participant·es de repartir avec des outils et définition pour poursuivre leurs réflexions dans leurs milieux.
Ce qu’on retient de cette première expérience d’atelier
De retour dans nos milieux respectifs, nous avons pris le temps de faire le point ensemble. Après deux ateliers, près de 100 participant·es, plusieurs discussions animées on voulait garder vivant les enseignements tirés et surtout améliorer la prochaine édition des ateliers.
Une envie d'en parler
D’abord un constat : l’envie d’échanger, de comprendre, d’imaginer autrement, étaient au rendez-vous. Mais pour François et Élise, les vraies discussions plus franches sont arrivées un peu trop tard. En effet, dans le premier atelier, les échanges les plus intéressants ont pris leur envol à la toute fin… En rétrospective, on aimerait faire place à la parole plus tôt. On pense à alterner les exercices de projection futuriste avec les interventions des invité·es. Permettre aux participant·es de mettre en pratique les idées discutées au fur et à mesure qu’on déploie une nouvelle facette d’un numérique souhaitable.
Un vocabulaire à apprivoiser
Un autre apprentissage important : même dans un événement critique du numérique, les bases ne sont pas toujours acquises. Même si la foule était en mesure de scander avec fièrté la signification de l’acronyme G.A.F.A.M, des termes comme “souveraineté numérique” ou “sobriété numérique” sont demeurés somme toute assez flou. On a donc eu l’idée de créer un zine lexique pour nommer, situer, relier… Un outil qui pourrait être remis en amont aux participant·es et permettre de poursuivre les réflexions au-delà de la journée.
Des méthodes à peaufiner
Le deuxième atelier, qui se voulait initialement plus technique, a mis en lumière un autre enjeu : le manque d’adéquation entre le lieu et la nature pratique de l’atelier! :) Coincé dans un espace plutôt bruyant, sans écran… On s’est demandé comment mieux présenter des plateformes en mode sans écran. L’approche d’Élise - orientée vers des mises en situation et des discussions ouvertes a semblé mieux adaptée. Peut-être qu’en offrant des zines avec des liens vers des tutoriels, des vidéos en lignes faciliterait une appropriation ultérieure. Comme le dit François : “Pour comprendre une plateforme, il faut se perdre dedans et pas seulement en parler”.
Un désir de déconnexion
Un thème a traversé les deux ateliers : le désir de déconnexion. Dans les futures numériques souhaitables rêvés par les groupes, la technologie avait une place… minuscule. Un backlash? Un effet de la ruralité et de la lenteur d’accès au numérique en région? Ou simplement un appel à ralentir, à choisir des outils vraiment utiles, à se rappeler que le numérique n’est pas neutre : qu’il peut tout autant reproduire les logiques d’oppression.
Des angles morts à mettre en lumière
Ce fut finalement l’occasion de questionner nos propres angles morts. Que fait-on du logiciel libre lorsqu’il reste marginal ? Est-il plus écologique ? Plus juste ? Et sous quelles conditions ? Sam l’a bien résumé : même quand on veut tout débrancher, il reste encore des choix à faire. Et ces choix, on gagne à les faire ensemble.
Bref, on ne changera pas le monde avec deux ateliers, mais on a vu qu’il y avait une soif d’en parler, de comprendre et d’expérimenter. Et ça, c’est déjà une belle base pour la suite.