Prendre soin de soi quand on porte tout sur ses épaules

Le 16 juillet 2025, la communauté de pratique en santé et mieux-être au travail (SMET) de la Capitale-Nationale s’est réunie pour sa première séance. Cette rencontre a permis à plusieurs gestionnaires et intervenant-e-s en SMET de réfléchir aux enjeux personnels et organisationnels liés à la santé mentale et au mieux-être dans les milieux professionnels. Azaria chavannes, de ProPulsion, a pris dans cette rencontre le rôle de l'invité en apportant une base de contenu sur lesquels nous avons ensuite pu rebondir.

Quand prendre soin de soi devient un enjeu professionnel

Être gestionnaire ou porteur-porteuse de changement dans son organisation, c’est souvent vivre une pression constante — pression de performance, de soutien aux équipes, de livrables, de présence. Pourtant, comme l’a bien illustré une métaphore partagée pendant la rencontre, un diamant remonte à la surface avec la pression, mais cette pression doit rester à un niveau tolérable. Sans aucun stress, nous sommes inertes — mais trop de pression nous épuise. Le défi réside donc dans l’équilibre.

La pession est un privilège. -Azaria Chavannes

Et si on changeait notre paire de lunettes? Être soumis à de la pression au travail siginifie aussi que les gens nous font confiance, que l'on a montré que l'on a de bonnes capacités de gestion, qu'on a su faire croître nos responsabilités. Bref, on a tracé notre chemin! Néanmoins, il faut apprendre à jongler avec ce privilège.

La notion de courbe en U inversé a été évoquée pour illustrer cette idée : il est bénéfique de connaître son niveau optimal de pression — celui qui stimule sans submerger — et d’apprendre à repérer les signaux indiquant qu’on le dépasse. Mais cela suppose un travail de connaissance de soi, qui est souvent relégué au second plan.

Dans la réalité du quotidien professionnel, nombreux-ses sont les gestionnaires et employé-e-s qui ont du mal à reconnaître leurs limites. Poussés-poussées par les exigences du système, par un manque de ressources ou par leurs propres standards, ils-elles tendent à toujours en faire un peu plus. Cette dynamique peut devenir toxique, particulièrement dans des cultures organisationnelles où la performance est valorisée au détriment de la santé. Certains signes ne trompent pas : fatigue chronique, irritabilité, perte d’intérêt, difficulté à se déconnecter du travail, coupure avec les activités qui font du bien.

Ajoutons à cela l’hyperconnectivité et la disponibilité accrue exigée par les outils technologiques, la gestion en temps réel des urgences et l’attente implicite d’avoir toujours des réponses. Ces pressions contribuent à fragiliser l’équilibre personnel, en particulier lorsque les rôles de soutien deviennent absorbants. Porter le bien-être des autres sur ses épaules peut entraîner l’oubli de soi.

Des croyances et des dynamiques à déconstruire

Plusieurs éléments structurels et culturels compliquent la prise en charge de son propre mieux-être. Parmi eux :

  • La culpabilité de ralentir, souvent perçue comme un manque de performance.
  • L’idée persistante qu’un-e bon-ne gestionnaire est toujours disponible, qu’il-elle doit avoir réponse à tout.
  • La croyance que l'on est indispensable.
  • Le concept de « porte toujours ouverte », qui est souvent irréaliste et contre-productif.
  • L’influence des pairs : voir des collègues en surperformance peut normaliser l’épuisement.
  • L’exemplarité à double tranchant : promouvoir le mieux-être tout en ne l’appliquant pas à soi-même.

Ces croyances nuisent à l’instauration d’une culture organisationnelle saine. Et lorsqu’on commence à couper dans les activités qui nourrissent (temps en famille, loisir, sommeil, alimentation, socialisation), les manifestations physiques et psychologiques s’intensifient. L’arrêt forcé devient alors le seul levier de récupération — un signal d’alarme coûteux.

Prendre soin de soi : un apprentissage, une pratique, une culture

Un point de convergence fort s’est dégagé lors de la rencontre : prendre soin de soi est un apprentissage. Cela demande de se connaître, de planifier ses stratégies de mieux-être dans les moments de clarté, et de normaliser cette démarche comme un aspect fondamental du travail. Prendre soin de soi n’est pas un luxe ni une récompense : c’est une condition de durabilité.

Il s’agit aussi d’un plaisir, et d’un geste quotidien — qui peut être simple : s’arrêter quelques minutes en début de journée pour se recentrer, demander sincèrement à un-e collègue comment il-elle va, ou prendre un moment pour respirer entre deux rencontres.

Mais cela ne doit pas reposer uniquement sur la volonté individuelle. L’organisation a un rôle fondamental à jouer.

Des leviers concrets pour transformer les milieux de travail

Plusieurs pistes d’action ont été soulevées pour soutenir une culture du mieux-être durable :

1. Engagement organisationnel fort

L’adoption d’une politique de santé et mieux-être qui va au-delà de l’affichage symbolique : elle doit être incarnée par la haute direction et portée activement par des ambassadeur-rice-s. L’exécutif, tout comme chaque gestionnaire et employé-e, doit comprendre l’impact de ses comportements.

2. Créer des espaces sécuritaires

Instaurer des lieux où il est possible de se déposer, d’exprimer ses limites, ses vulnérabilités. Par exemple : des regroupements de leaders pour discuter de leur bien-être, sans pression de performance, ou des moments planifiés à l’agenda pour des pauses, du ressourcement ou des activités de cohésion.

3. Valoriser la mise en place de limites

Cesser de glorifier la surcharge. Encourager les gens à dire non, à prendre leurs congés, à se déconnecter. Offrir du soutien dans la gestion des attentes et des priorités. Offrir des modèles de comportements sains à tous les niveaux de l’organisation.

4. Sensibiliser et former

Par des statistiques, des récits d’expérience, ou des ateliers, il est possible de démontrer les impacts concrets d’un déséquilibre sur la santé. Cela aide à normaliser les conversations autour du stress, des émotions, des limites personnelles. Il est aussi pertinent d’enseigner comment reconnaître les signaux d’alerte (red flags) et développer des réflexes de prévention.

5. Innover dans les pratiques RH

Journées bien-être, fêtes des voisin-e-s de travail, programmes de conciliation travail-vie personnelle, politique de droit à la déconnexion : autant de gestes qui traduisent un réel souci du mieux-être. Même de petites initiatives (comme une pause planifiée au calendrier) peuvent envoyer un message puissant.

Faire du mieux-être une priorité partagée

Prendre soin de soi dans un rôle exigeant ne devrait pas être perçu comme une faiblesse ou un privilège. C’est un acte de responsabilité, tant envers soi-même qu’envers les autres. Un gestionnaire qui incarne le mieux-être en devient un modèle crédible et cohérent. Une organisation qui en fait une priorité structurelle permet à chacun-e de s’épanouir dans son rôle sans y laisser sa santé.

Changer les cultures organisationnelles est un défi de fond, mais les échanges comme ceux-ci démontrent qu’un changement de perspective est non seulement possible, mais déjà en cours. Nous repartons de cette rencontre réflexif-ve-s, rassuré-e-s, inspiré-e-s, positif-ve-s, dans l'acceptation de soi et avec moins de pression.

Ressources supplémentaires:

https://www.lesaffaires.com/dossiers/bonheur-au-travail-idees-pour-des-equipes-heureuses/leaders-avez-vous-la-sante-a-lagenda-de-votre-plan-daffaires/

https://ralentir.ca/

https://mouvementsmq.ca/campagnes/se-ressourcer/

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July 17, 2025

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July 24, 2025, 8:03 a.m.

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Valérie Savoie. (2025). Prendre soin de soi quand on porte tout sur ses épaules. Praxis (consulted Dec. 7, 2025), https://praxis.encommun.io/en/n/Rf4tIXiMUP7gEpLBSzwe0OUiZU8/.

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