Le 11 mars 2025 à la salle Salle Pierre Bourgault de l’UQAM se tenait la 2e édition de l’Espace solutions, une formule de partage de savoirs et d’expertise au bénéfice de nos territoires pensée par l’Espace quartiers de Transition en Commun (TeC). Pendant l'évènement, 5 projets de quartiers en mobilité ont été présentés. Parmi ceux-ci, le projet déneigement du canal Lachine de l'Association pour la mobilité active du Canal-de-Lachine fut présenté par Martin Hamel.
Rendre la piste cycle du canal de Lachine accessible en hiver
Un lien essentiel
Dans le cadre de la 2e édition de l'Espace Solutions d'Espace quartiers de Transition en Commun, Martin Hamel de l’Association pour la mobilité active du Canal-de-Lachine est venu présenter le projet de déneigement de la piste cyclable du canal de Lachine.
Le canal Lachine compte plus de 750 000 passages sur sa piste. Il est aussi utilisé par les touristes et c’est un lien de circulation essentiel. Le canal est notamment important pour les gens de Saint-Paul-Émard, un quartier relativement enclavé, mais, malgré tout, la piste n’est pas déneigée en hiver.
Un projet citoyen pour le canal
Martin Hamel a commencé à militer pour le déneigement de la piste cyclable du canal Lachine en 2019. Il pensait que ce serait facile. Au début, Parcs Canada ne voulait pas s’engager. L'agence du gouvernement fédéral disait que le sel serait, entre autres, nocif pour la voie cyclable. Une demande de soutien a été faite à Steven Guilbault, ministre fédéral de l'environnement, qui a remis le problème dans la cour du palier municipal. Il a toutefois promis de faire en sorte que le fédéral ne s’oppose pas au projet.
Un projet pilote de déneigement a eu lieu avec succès en 2021, mais n’a pas été reconduit. La Ville de Montréal s’est retirée de ce projet dans le cadre duquel 2.5 km de pistes ont été déneigés de la rue De la Commune dans le Vieux-Montréal jusqu’au Marché Atwater, mais d’un seul côté.
L’idée serait de déneiger les deux côtés du Canal jusqu’à la rue de l’Église au moins, à Saint-Paul-Émard, ce qui constitue 5 km sur 20 km potentiels.
Le projet est coincé, car il traverse 3 arrondissements, Le Sud-Ouest, Lachine et LaSalle, qu’il est ardu de concilier, et car ils ne sont pas intéressés à payer pour un terrain qui appartient au fédéral.
Période de questions sur l'état des lieux du projet de déneigement
Après la présentation de Martin, les participant·es furent invités à poser des questions afin de s'assurer de bien comprendre le projet de déneigement et son état des lieux.
- Question 1. Quels sont les autres usages du parcours enneigé ?
- Réponse 1. Les skieur·es de fond l'empruntent, ainsi que ceux et celles qui font du fat bike .
- Le porteur de projet précise que le Fédéral dit damer la piste, mais que ce n’est pas vrai en réalité, qu’il souhaite rendre l’accès à tout le monde.
- Réponse 1. Les skieur·es de fond l'empruntent, ainsi que ceux et celles qui font du fat bike .
- Question 2. Quels sont les acteur·rices responsables ?
- Réponse 2. Les arrondissements traversés et le gouvernement fédéral sont les responsables.
- Question 3. Que pensent les membres du groupe qui gère le Canal du projet ?
- Réponse : Il·elles disent qu'il·elles n’ont pas de budget et ne sont pas intéressé·es.
- Il est précisé que le 50 000$ pour les 2.5 km de déneigement effectué lors du projet pilote était lié à un contrat donné au privé, payé par l’arrondissement.
- Réponse : Il·elles disent qu'il·elles n’ont pas de budget et ne sont pas intéressé·es.
Questions pour approfondir le sujet, commentaires et suggestions
Après toutes ces interrogations, le moment était venu de renverser la situation. Martin fut invité à poser des questions au groupe afin de réaffirmer ses besoins pour que les participants·es puissent lui offrir des solutions. Plusieurs pistes et constats émergèrent.
Insister sur les modes de transports quotidiens
Il fut proposé de rallier les modalités de transport quotidiennes pour donner force au projet de déneigement. Par exemple, lier la problématique de la mobilité avec celle des émissions de gaz à effet de serre. Le vélo est une solution à cet enjeu en tant que moyen pour se véhiculer au quotidien, plus que le ski de fond qui reste un loisir. Le déneigement favoriserait aussi la marche, qui est une autre forme de mobilité quotidienne.
Un avantage du projet est de soutenir la mobilité sur 4 saisons, la faciliter et favoriser le désenclavage des arrondissements concernés.
Financements et des juridictions entremêlées
Le nerf de la guerre est le financement et un gros problème est que Parcs Canada ne veut pas investir et que les arrondissements disent que ce n’est pas à eux de le faire.
Le Maire de l'arrondissement Le Sud-Ouest, Benoît Dorais, dit que ce n’est pas un problème d’argent, mais davantage un problème politique, aussi lié à un enjeu de juridiction, voire une question de prendre la responsabilité. C’est un problème complexe dans les faits. Si le fédéral ne veut pas s’impliquer d’une manière ou d’une autre, il est difficile de faire avancer le projet. Le député en parle à la Chambre des communes, mais reste qu’il s’agit d’un problème local qui est une responsabilité du Fédéral.
Il est donc difficile pour les diverses instances impliquées dans ce projet de déneigement de travailler avec Parcs Canada. Chacune a des compétences qui peuvent être mises à profit, mais Parcs Canada ne veut ni s’engager ni les laisser le faire. Cette situation se répercute sur d’autres problèmes. Par exemple, le projet de planter des arbres au pourtour du canal Lachine demandé par des citoyens·nes. Les arrondissements ne peuvent pas aller de l’avant en ce sens. Il y a de la mauvaise foi de part et d’autre aussi, les parties se lancent la balle. Il y a également un enjeu du calendrier. Chaque année, il faut rappeler que le déneigement s’en vient.
Plus de porteur·euses de projet et une vision élargie du canal
Les divers paliers sont aussi tannés d’entendre la même personne adresser le problème et taper sur le clou. Martin Hamel doit notamment constamment aller au conseil d’arrondissement et répéter sa demande. Pendant l'évènement, quelqu’un s'est d'ailleurs propos. comme 2e bénévole pour soutenir l’actuel porteur de projet et Martin l’a accueilli à bras ouverts.
Pourtant, ce projet est plus important que ça en a l’air. Cela n’a pas de bon sens que le fédéral ne veuille pas s’engager sur un enjeu de l’heure. Ça prend une vision élargie du canal, incluant des dimensions de patrimoine, de verdissement, etc., mobiliser plus à partir de l’enjeu du déneigement. À l’heure actuelle, seuls 2,5 km sont déneigés, 5 km en potentiel jusqu’à St-Paul-Émard, mais rien de prévu pour le reste de la voie. Le projet doit inclure l’ensemble du circuit.
Résumé des apprentissages
Après ces interventions, Martin a réfléchi à ce qu'il avait retenu des apprentissages et des pistes de solution qui lui avaient été offertes. Il en est venu à plusieurs constats :
Mobilisation citoyenne
Il est nécessaire de mobiliser chaque année plus de gens pour faire pression. À ce titre, une redéfinition de la vision du projet pourrait davantage mobiliser les citoyen·nes. En effet, il faut que le projet passe par un mouvement citoyen. Il est temps de repeupler et remobiliser ce mouvement citoyen. Des manifestations de solidarité symboliques ont déjà été réalisées à cet égard. 45 personnes étaient à la dernière de celles-ci.
Impliquer le politique
Il faut rejoindre le ministre pour lui parler, lui écrire des lettres, le tenir sur l’agenda. L’arrondissement s’est d'ailleurs rendu à la Chambre des communes, le député fédéral en a déjà fait son projet. D'ailleurs, avec les élections à nos portes, il y a là une opportunité d'approcher les candidats et de susciter le débat.
Il faut aussi travailler avec les 3 arrondissements, demander à l’organisme qui gère le canal Lachine de se redéfinir, demander à Parcs Canada de permettre la circulation sur 4 saisons, avec l’objectif de soutenir plus de fonctions écosystémiques aussi. Ça prend une entente de juridiction entre ces parties.
Impliquer un OBNL aurait pu être une solution, l'un d'entre eux avait même proposé de prendre le projet de déneigement sous sa houlette. Cependant l’arrondissement du Sud-Ouest s’y est opposé, car ce n'était pas légalement éligible. C’est un contracteur qui a déneigé le 2.5 km du projet pilote.
De plus, il faut que Parcs Canada redéfinisse sa vision, en intégrant dans sa mission une plus large gestion écologique. Enfin, numéroter et créer une identité pour la piste cyclable du canal pourrait aider, à l’image du REV (Réseau express vélo).
Rejoindre plus d'organisations et de groupes citoyens
D’autres organisations dans le secteur pourraient se joindre à cette mission bonifiée. À ce titre, de nouveaux acteur·trices pourraient aussi être intéressé·es, dont les Écoquartiers. Des entreprises, notamment celles qui louent et vendent des vélos à proximité du Canal, et plusieurs autres, comme la Terrasse St-Ambroise. L’entreprise Ma bicyclette, a d'ailleurs participé à la manifestayion de solidarité par exemple.
Il y a aussi Le Canal de Lachine 4.0 qui regroupe les 3 arrondissements et des entreprises, qui pourrait être un véhicule pour organiser une table ronde, incluant aussi des intérêts et enjeux économiques, donc le milieu des affaires également. Les arrondissements avec Canal Lachine 4.0 devraient faire une motion auprès du fédéral, en tant que groupe. Louis-Philippe Sauvé, le député des arrondissements de Verdun, LaSalle, St-Paul-Émard, devrait être impliqué. Lachine a aussi le projet de créer un Écoquartier au bout de la piste. La solution de mobilité pour s’y rendre passerait par le Canal. L’Écoquartier est piloté par Village urbain, en lien avec la question de l’habitation et pourrait être un soutient.
De plus, l'idée d’impliquer un générateur de déplacement institutionnel et pour les gens qui veulent se rendre au Centre-Ville pourrait être explorée. Le canal est d'ailleurs un moyen de transit d’importance pour se rendre à LaSalle.
En résumé
- Organiser une première rencontre pour présenter et consolider la vision, un plan d’actions et de partages collectifs.
- Rejoindre les divers organismes mentionnés et mobiliser des acteur·rices varié·es (par exemple : rejoindre Le GRAME et l’Écoquartier).
- Politiser la question auprès du fédéral, d’autant qu’il y a un momentum avec les élections. Au fédéral, le candidat du bloc est favorable au projet.
- Faire la promotion du projet : il y a déjà un groupe Facebook, il y aura de l’affichage local à cet effet et une campagne d’information faite à travers divers organismes.
- Mobiliser les arrondissements de Lachine et de LaSalle qui manquent de relais d’implication. À Lasalle, il n’y a même pas de métro. Lachine déneige déjà le petit bout du parc René-Lévesque.
Autres pistes de plan
- Recontacter le fédéral, avec d’autres acteur·trices à l’appui.
- Écrire une lettre ouverte, mais ils ont déjà fait ça. L’Arrondissement a déjà fait une motion à ce sujet.
- Donner une pelle à déneiger à chacun des candidats et les convier au prochain à la prochaine manifestation de solidarité « pelt-in » pour les sensibiliser.
- Créer une assemblée citoyenne ou une table ronde pour faire discuter les acteurs·rices avec le ministre de l’Environnement et les représentant·es municipaux.
- Reprendre la gestion du canal Lachine du Fédéral.
Le déneigement du canal de Lachine : un projet inspirant
En guise de conclusion, les participant·es ont partagé ce qu’ils ont appris et apprécié du projet de déneigement étendu du canal de Lachine :
- L’un des participants dit que cela fait 2 ans qu’il habite près du canal, il croyait que le problème était simple, mais il en réalise la complexité et c’est pourquoi il va s’engager.
- Une personne affirme que c’est un beau projet, qu’elle ne comprend pas pourquoi les acteurs·rices se lancent la balle, que peu de gens s’y engagent.
- Une autre en a appris sur les enjeux sous-jacents, croyant que c’étaient les cols bleus qui géraient ça. Il réalise la difficulté qu’a Parcs Canada de prendre ses responsabilités et le problème de confiance qu’il a envers les arrondissements. Il nomme le fait que Parcs Canada n’a pas tant de parcs en ville, qu'il s'agit d'un parc linéaire de surcroît et que c’est une situation unique, ce qui est peut-être la cause du problème. Il espère que des conditions gagnantes seront trouvées pour que la population puisse s’approprier le canal.
- Un·e participant·e relève l’intelligence citoyenne à l’œuvre dans ce projet.
- Un·e autre émet le souhait pour que ça débloque avec les élections.
- Un·e autre souhaite que le canal, à l’image du REV qui est à l’heure actuelle la piste la plus longue déneigée avec ses de 4.5 km, devienne une autre référence en la matière.
- Un·e participante amène l'idée de donner une puissance identitaire à la piste du canal et de faire travailler les gens, les paliers, les organismes et organisations ensemble, et ce, de manière non clivée.