De berceau industriel à symbole de mobilisation citoyenne, Pointe-Saint-Charles a traversé deux siècles de bouleversements. Des premiers chantiers du canal de Lachine et de l'impact du chemin de fer, jusqu'à la lutte contre la gentrification, le quartier du Sud-Ouest montre une impressionnante capacité de résilience et de solidarité communautaire. Le 9 octobre 2025, Transition en Commun conviait le public à (re)découvrir le quartier de Pointe-Saint-Charles.
🤲 Bienvenue à Pointe-Saint-Charles
La visite du quartier Pointe-Saint-Charles a débuté par quelques mots de bienvenue prononcés par Catherine Saint-Pierre, représentante de l’arrondissement Le Sud-Ouest, qui a souligné la place importante occupée par plusieurs initiatives locales exemplaires en matière de transition socio-écologique dans le quartier.
Aux yeux de Mme Saint-Pierre, l’arrondissement accorde une grande importance aux enjeux climatiques et environnementaux. Le bilan récent de son plan d’action 2021-2025 témoigne de cinq années de progrès vers un territoire plus durable et résilient. Les projets visités au cours de la journée, comme la Ruelle bleue-verte, le jardin La Dent Verte et la bibliothèque de Pointe-Saint-Charles, incarnent ces efforts collectifs.
Catherine Saint-Pierre a également souligné que l’arrondissement prépare déjà son plan climat 2026-2030, élaboré en collaboration avec les citoyen·nes, les groupes communautaires et les services municipaux. Ce nouveau plan, qui sera rendu public à l’occasion du Jour de la Terre 2026, s’articulera autour de plusieurs priorités : la végétalisation accrue des espaces publics, l’adaptation des infrastructures, la promotion de la mobilité durable, le soutien à l’économie locale et le renforcement de l’éducation, dans une perspective de durabilité et d’équité sociale.
🏛️ Quelques mots sur l'histoire du quartier
🏭 Un passé industriel et ouvrier de premier ordre
Pointe-Saint-Charles est un quartier de Montréal qui porte encore les traces d'une histoire industrielle et ouvrière dont l'origine remonte aux débuts de l'industrialisation au Canada. Cet héritage est bien présent à l'esprit des résident·es et voilà pourquoi Camille Trudelle, membre de l’équipe de coordination d’Action-Gardien, a tenu à présenter l’histoire et les réalités sociales du quartier. L’organisme, qui regroupe aujourd’hui 25 membres, agit comme table de concertation communautaire depuis 1981. Son mandat : renforcer le réseau local, favoriser le pouvoir d’agir des citoyen·nes et soutenir un développement « par et pour » la communauté.
Catherine Trudelle a d’abord retracé l’évolution historique du quartier. Pointe-Saint-Charles fut d’abord fréquenté par les peuples autochtones, puis utilisé comme territoire agricole, avant de devenir un berceau de l'industrialisation canadienne. L'inauguration du canal de Lachine en 1825, le développement d'industries sur ses berges pendant et l'arrivée du chemin de fer et la construction du pont Victoria au 19e siècle firent du quartier un lieu de transit fluvial et ferroviaire incontournable, ainsi qu'un lieu de production industrielle important. Au début du XXe siècle, Pointe-Saint-Charles est alors un bastion ouvrier.
Cependant, la fermeture du canal de Lachine en 1959 marque la fin d’une époque et plonge le secteur dans une profonde crise sociale et économique. L’Expo 67 et la construction d’infrastructures comme l’autoroute Bonaventure entraînent la démolition du Goose Village et l’expropriation de familles, accentuant le déclin.
Face à ces bouleversements, les résident·es s’organisent. À partir de 1968 naissent plusieurs initiatives emblématiques : la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, les Services juridiques communautaires de Pointe-St-Charles et Petite-Bourgogne, le Carrefour d’éducation populaire et le Club populaire des consommateurs. Ces organismes, fondés par et pour les citoyen·nes, devinrent le socle d’une culture d’action communautaire encore très vivante.
🏘️ Un quartier en pleine mutation
Catherine Trudelle a ensuite présenté un portrait démographique du quartier : environ 15 000 habitant·es, une population vieillissante et diversifiée, mais aussi un écart croissant entre richesse et pauvreté. Si le revenu moyen dépasse désormais celui de Montréal, 20 % des résidents vivent sous le seuil de faible revenu. Cette dualité, illustrée par la montée de la gentrification, constitue aujourd’hui le principal défi de Pointe-Saint-Charles.
✊ Les luttes de Pointe-Saint-Charles aujourd'hui
De nos jours, Pointe-Saint-Charles vit une fracture sociale qui s'accélère, avec des poches de richesse et de pauvreté qui se côtoient dans le tissu urbain. Le grand parc de logement hors marché (soit le tiers de tous les logements et la moitié de tous les logements locatifs) et le réseau communautaire sont aujourd’hui les seuls remparts contre une plus grande gentrification. Les inégalités sont donc croissantes dans ce quartier toujours enclavé. Enfin, l’état de santé de la population demeure fragile.
🏡 Verdissement participatif et logement hors marché
Un projet de verdissement participatif des logements hors marché (coopératives, HLM, OBNL) et des locaux communautaires est en cours. Ce projet est conçu comme un contrepoids à l’écogentrification. Il a permis d’implanter le projet VIVRE du GRAME à Pointe-Saint-Charles grâce au travail collaboratif avec le GRAME, le RIL et la Fermette. Il consiste en une démarche participative de A à Z : identification du besoin, élaboration et validation du plan d’aménagement, déminéralisation s’il y a lieu, plantations. Un premier grand projet a été réalisé aux Habitations Sherwin et d’autres sont déjà planifiés.
Parmi les autres autres projets importants qui avancent bien il y a le parc résilient d’Argenson.
🤲 Mobilisations ciblées et inclusion
Les mobilisations ciblées de certains groupes, notamment les femmes, les jeunes et les personnes aînées, permettent à des citoyen·nes souvent mal desservi·es de faire valoir leurs besoins et de participer à la transformation du quartier, par exemple en ce qui concerne la sécurisation des rues, l’accessibilité universelle et l’aménagement des parcs.
🚂 Les trains et leurs nuisances
Les luttes pour l’atténuation des nuisances des trains sont aussi très présentes. Parmi celles-ci, il y a une plainte à l’Office des transports du Canada (OTC), qui a débouché sur une rare entente de médiation officielle avec le CN et un comité de suivi citoyen. Les gains sont difficiles, mais le dialogue se poursuit. La Pointe vit avec 4 exploitants ferroviaires : CN, ViaRail, REM et exo.
* Cette note fut en partie rédigée à l'aide de l'intelligence artificielle et certaines sections sont tirées du guide développé par les organismes prenant part à la visite.