Parc Joe-Beef et rue Island : entre luttes citoyennes, écogentrification et renouveau communautaire à Pointe-Saint-Charles

Au nord de Pointe-Saint-Charles, le parc Joe-Beef et la rue Island témoignent d’un demi-siècle de transformations sociales et urbaines. De la désindustrialisation à la gentrification, la communauté s’y est constamment mobilisée pour défendre le droit au logement, préserver les espaces verts et bâtir des projets collectifs durables. Initiatives citoyennes, logements hors marché et pôles communautaires redéfinissent la ville autrement : plus solidaire, plus écologique et ancrée dans la mémoire du quartier. Le 9 octobre 2025, Transition en Commun conviait le public à (re)découvrir le quartier de Pointe-Saint-Charles.

🏭 Parc Joe-Beef : de l’industrialisation à la gentrification

Francis Dolan, du Regroupement Information Logement (RIL), parle des enjeux du secteur en matière de logement communautaire. Photo : Marlies Trujillo Torres.

Avec pour cadre le parc Joe-Beef, Francis Dolan (RIL) a retracé pour les participant·es de la visite l’évolution historique, économique et sociale de Pointe-Saint-Charles, emblématique de la désindustrialisation à Montréal. Né de l’expansion industrielle du 19ᵉ siècle, le quartier s’est structuré autour du canal de Lachine et des rails du Grand Tronc, moteurs du développement manufacturier. Des usines comme la Redpath, Dominion Textile et Northern Electric ont contribué à faire de Pointe-Saint-Charles un centre ouvrier majeur.

La désindustrialisation des années 1970, accélérée par la fermeture du canal et la relocalisation de la production, a plongé le quartier dans une profonde crise sociale : chômage massif, logements délabrés, désertion des propriétaires. Face à cette dégradation, des initiatives citoyennes se sont organisées. Le projet Loge-Peuple (1971) et la fondation du Regroupement Information Logement (1979) ont marqué la naissance d’un mouvement d’habitation communautaire. Celui-ci a donné naissance à des institutions comme Bâtir son quartier, qui ont soutenu le développement de coopératives, HLM et OBNL d’habitation.

Aujourd’hui, plus de la moitié des logements du quartier sont sociaux, et toutes les résidences pour aînés sont publiques ou communautaires. Ce modèle, fondé sur la solidarité locale, a permis à Pointe-Saint-Charles de mieux résister à des crises comme celle de la COVID-19.

Au parc Joe-Beef se situe la confluence entre le quartier habité et celui en transformation accélérée.

La Petite Maison sur Laprairie : créer des espaces commerciaux abordables 

🏠 Un projet ambitieux

Francis Dolan a également souligné les défis contemporains liés à la requalification urbaine et à la densification : nouveaux projets résidentiels, arrivée de grands promoteurs (MACH, Devimco, Broccolini) et pression foncière. Le Regroupement Information Logement (RIL) agit pour que cette transformation profite aux locataires à faibles revenus. Le projet mixte La Petite Maison sur Laprairie, combinant logements sociaux et locaux communautaires écologiques, permettra de créer près de 20 000 pi2 d’espace commercial abordable à destination des groupes communautaires du quartier. C’est un projet 100 % autonome porté directement par les 4 organismes qui occuperont les lieux, soit :  

Le pôle communautaire s’inscrit dans un projet mixte de 6 étages, dont les 2 premiers étages sont voués au pôle communautaire, et les 4 étages supérieurs compteront 52 logements sociaux, réalisés et détenus par un OBNL d’habitation partenaire.

 Le résultat d'une mobilisation communautaire et un levier d'action

Le projet est le résultat d’une mobilisation communautaire débutée il y a environ 10 ans. Il répond à l'annonce par le CSSDM de la reprise des locaux que 3 de ces organismes occupaient dans un bâtiment scolaire de la rue Grand-Trunk. Le projet permet aussi de trouver une solution aux augmentations de loyer écrasantes auxquelles le 4e organisme fait face depuis plusieurs années. Le terrain du futur pôle était déjà revendiqué depuis plusieurs années pour y créer des logements hors marché et, avec la proposition d’un projet mixte, le projet a démarré en 2020.

Ainsi, en créant des locaux pérennes et abordables pour ces groupes, le projet permettra d’assurer le maintien des activités et services communautaires essentiels à Pointe-Saint-Charles, contribuera à l’autonomisation des groupes communautaires et créera un milieu de vie inclusif appartenant pleinement aux résident·es du quartier.

De plus, La Petite Maison sera certifiée carbone zéro par le Conseil du bâtiment durable du Canada, sera 100 % électrique, et est conçu selon de très hauts standards d’efficacité énergétique. Le projet bénéficie notamment de la subvention des Bâtiments communautaires verts et inclusifs à cet égard. 

Sur le plan du financement, il y a des contributions de tous les paliers gouvernementaux, ainsi qu’une grande partie de fonds philanthropiques, le tout permettant à La Petite Maison sur Laprairie de s’en sortir avec une plus petite proportion de prêts, ainsi assurant des loyers abordables pour les groupes.

La rue Island : entre mobilisation et contre mobilisation citoyenne

Lysanne Audet, de l'Arrondissement Sud-Ouest, présente les efforts pour réaménager la rue Island. Photo : Marlies Trujillo Torres.

🌱 Un corridor vert entre le fleuve et le canal

Le réaménagement de la rue Island, à Pointe-Saint-Charles, est le fruit de plus de vingt ans de mobilisation citoyenne et elle est maintenant intégrée dans la vision d'un corridor vert entre le canal et le fleuve. Lysanne Audet, de l'Arrondissement Le Sud-Ouest en a présenté le portrait aux participant·es de la visite. Dès 2003, l’Opération populaire d’aménagement avait réclamé la transformation de cette artère importante en un espace plus vert et convivial, réduisant la place de l’automobile au profit des piéton·nes et cyclistes. Une première rencontre publique en 2013 a permis d’amorcer un dialogue entre résident·es, commerçant·es et élu·es. Le projet a ensuite été intégré, entre 2015 et 2017, au Plan d’intervention spécifique de Pointe-Saint-Charles Nord, qui cherchait à renforcer la cohésion urbaine du quartier et à maintenir un lien d’accès citoyen vers le canal de Lachine, alors que les nouveaux condominiums en bordure du canal suscitaient des inquiétudes quant à la privatisation de cet espace.

En 2019, l’arrondissement Le Sud-Ouest a adhéré au programme des rues piétonnes et partagées, offrant la possibilité d’expérimenter pendant deux ans des aménagements temporaires et modulables. La première version, perçue comme une « vélorue », a suscité des incompréhensions, mais les itérations suivantes, plus lisibles et sécuritaires, ont amélioré la cohabitation entre usager·ères. Le processus s’est accompagné d’un fort taux de participation publique, facilité par la mobilisation des organismes communautaires qui ont relayé l’information et encouragé la participation.

Malgré beaucoup de critiques et de résistance, aujourd’hui, la portion nord de la rue est en transformation concrète : création d’un espace vert, séparation claire entre voies piétonnes et cyclables, installation d’une borne BIXI, d’une fontaine, d’un poste de réparation pour vélos et d’un mobilier urbain favorisant les rencontres. Une œuvre collective peinte par des résidents et des enfants du quartier témoigne de la dimension participative du projet. Bien que les aménagements demeurent temporaires, faute de financement suffisant pour un aménagement permanent, la rue Island illustre l’expérimentation et l’appropriation communautaire de l’espace public.

Pour aller plus loinPDF Programme de rues piétonnes et partagées (PRPP) Ville de Montréal 2016

🌊 L’accès au canal de Lachine

Depuis la réouverture du canal de Lachine à la plaisance depuis 2002, la gentrification a explosé aux abords du canal dans Le Sud-Ouest. Cela a mené à une privatisation des berges, un processus d’exclusion et d’expulsion tranquille. 

Au fil des ans, la communauté pointe-saint-charlésienne a mené plusieurs actions pour contrer le phénomène. Une opération pirate contre la privatisation des quais et berges du canal, réalisée en en 2018, à d'ailleurs mené à un moratoire de nouveaux quais privés établi par Parcs Canada. Le Jardin de la Liberté, en place de 2007 à 2010, au bout de la rue Island, a quant à lui mené au classement de l’espace comme espace vert public.

🌈 Un nouveau CPE

Au coin Island et Augustin-Cantin, un bâtiment sera bientôt démoli pour faire place au tout nouveau bâtiment du CPE Les Enfants de l’Avenir. C’est un autre groupe expulsé par le CSSDM. 

Le CPE est la résultat de l'opposition réussie de la communauté à plusieurs reprises contre les projets de développement privés sur la rue Island, sur ce site spécifique, et protection pour des projets collectifs ou publics (une rue verte pas gentrifiée).

* Cette note fut en partie rédigée à l'aide de l'intelligence artificielle et certaines sections sont tirées du guide développé par les organismes prenant part à la visite.

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Integrated by Shawn McCutcheon, on Oct. 8, 2025, 2:17 p.m.

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Oct. 20, 2025

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Nov. 13, 2025, 11:15 a.m.

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Emily Mack, Shawn McCutcheon, Marlies Trujillo Torres. (2025). Parc Joe-Beef et rue Island : entre luttes citoyennes, écogentrification et renouveau communautaire à Pointe-Saint-Charles. Praxis (consulted Jan. 21, 2026), https://praxis.encommun.io/en/n/lQZw0K_TwkWWD9zY0k5QZ_RkNhk/.

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