Qu’ils soient de nature géopolitique, environnementale ou sanitaire, les évènements exceptionnels causant de grands bouleversements mondiaux surviennent de manière plus fréquente. Les conséquences qu’ils induisent sur les systèmes alimentaires sont importantes et les producteurs agricoles semblent particulièrement vulnérables. Ces derniers doivent assurer la continuité de leurs activités, et ce même dans un contexte hautement incertain et instable. Différentes stratégies sont mises en place afin d’en atténuer les conséquences. Des chercheurs ont comparé les situations de crise successives (Covid-19, hausse du prix des intrants et de l’énergie, changements climatiques) vécues ces dernières années par des agriculteurs adoptant des pratiques agroécologiques du Pérou, de l’Allemagne et des États-Unis.
Les impacts diffèrent d’une région à l’autre. Le Pérou a été particulièrement affecté par la pandémie de COVID-19, parce que les marchés ont été fermés et que les producteurs n’ont pas eu le droit de se déplacer. Durant cette période, les agriculteurs péruviens ont formé des marchés fermiers informels et ont délaissé les engrais de synthèse pour des engrais organiques afin de contrer la hausse des prix des intrants. L’Allemagne et les États-Unis ont, pour leur part, observé une hausse de la demande pour leurs produits locaux durant la pandémie, améliorant ainsi leur capacité de résilience. Cela dit, la pénurie de main-d’œuvre et les changements climatiques ont contribué à l’incertitude vécue par les agriculteurs des trois pays. La hausse du coût des intrants et de l’énergie a également été ressentie dans les trois pays.
Pour s’en sortir, la diversification des productions et des modes de mise en marché, les circuits courts, ainsi que le renforcement des pratiques agroécologiques économes en intrants ont été mises en œuvre dans les trois pays. Les auteurs notent aussi que les réseaux communautaires, l’entraide, la solidarité entre producteurs et consommateurs et le retour à des modes d’échange comme le troc, ont amélioré la résilience des producteurs. Ils montrent que les pratiques agroécologiques des agriculteurs ont grandement contribué à leur résilience, mais soulignent également que cela est d’autant plus vrai que le contexte socio-politique leur est favorable. Au Pérou, les crises ont été beaucoup plus durement vécues par les agriculteurs, du fait de leur marginalisation économique et politique et de l’absence de soutien public.
Les enseignements
Cet article montre bien le caractère systémique et multi-échelle de l’agroécologie. Les pratiques adoptées par les producteurs agricoles des trois pays ont accru leur résilience en abaissant leurs coûts et la vulnérabilité des agriculteurs aux soubresauts des marchés a été réduite, notamment grâce aux relations directes avec les consommateurs. Mais ces éléments, aussi positifs soient-ils, ne suffisent pas, seuls, à garantir la résilience des fermes face aux chocs globaux. Le contexte socio-politique local et national joue un rôle déterminant pour soutenir la transition et construire des systèmes agroécologiques résilients.
pdf N°35, fiche n°4 – octobre - novembre 2024
Cette veille bibliographique vous est offerte par le groupe de recherche Agriculture, territoires et développement de l’Université Laval avec le soutien du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.