Souvent présenté comme un levier de durabilité territoriale, l’approvisionnement local en restauration collective soulève, dans la pratique, de nombreux défis techniques, juridiques et politiques. L’étude de Keech et al. (2025), menée au Royaume-Uni, explore le potentiel de la Dynamic Food Procurement (DFP, une plateforme numérique d’agrégation de produits locaux) dans les services de repas scolaires. Le Velly (2025), en France, adopte une approche critique en interrogeant les finalités et les modalités de cette reterritorialisation de l’alimentation scolaire, souvent acceptée comme une évidence sans réel débat sur ses effets et ses limites.
Les chercheurs britanniques ont déployé des entretiens, ateliers et observations. Pour sa part, Le Velly s'appuie sur une revue de littérature combinée à des entretiens et de l'observation. Les deux études mettent en lumière les difficultés systémiques de l’approvisionnement local de la restauration scolaire, mais à travers des focales différentes. Keech et al. montrent que l’intégration de la DFP dans le système de repas scolaires a échoué, en raison d’obstacles juridiques, de pratiques commerciales rigides des traiteurs et du désengagement du gouvernement. Si la plateforme numérique a permis un engagement multi-acteurs notable, elle n’a pas suffi à modifier les logiques dominantes du marché, révélant la faiblesse des marges de manœuvre à l’échelle locale. Le Velly, de son côté, remet en question l’évidence du local comme finalité. Il souligne que la reterritorialisation a un effet limité sur la réduction des GES, un impact économique modeste sur les agricultures locales (représentant 5 à 6 % du système alimentaire national), et implique une charge organisationnelle importante souvent assumée par les producteurs ou par les salariés des collectivités les plus engagées. Il plaide pour un « localisme réflexif », qui invite à articuler clairement les objectifs sociaux, écologiques et économiques avant d’en définir les modalités.
Les enseignements
Ces deux recherches invitent à dépasser une vision trop souvent idéalisée du potentiel de l’approvisionnement local dans la restauration scolaire. Elles rappellent que la durabilité ne se décrète pas par la proximité géographique seule et que les transformations plus systémiques des modalités d’approvisionnement dans la restauration collective exigent un soutien politique, juridique et logistique conséquent. Au Québec, où les projets alimentaires territoriaux, les initiatives d’achats publics locaux et les efforts pour adapter les appels d’offres se multiplient, ces résultats rappellent l’importance de ne pas surestimer la portée intrinsèque du local et appellent à mieux évaluer les effets réels de ces initiatives et à anticiper la charge de travail qu’elles impliquent pour les acteurs locaux.
pdf N°39, fiche n°2 – juin – juillet 2025
Rédaction : Marilou Ethier, Patrick Mundler
Ce bulletin vous est offert avec le soutien du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ)