Le 2 novembre 2025, ce seront les élections municipales au Québec. Face aux défis colossaux qui nous entourent, cela peut sembler futile. C’est pourtant une occasion de faire avancer un programme progressiste et démocratique. C’est aussi une occasion de reprendre du pouvoir citoyen, de se donner confiance et de préparer la suite.
Plusieurs tendances se conjuguent en ce sens. D’abord, les municipalités ont de plus en plus de responsabilités : logement, itinérance, lutte contre les changements climatiques, etc. Loin du simple gestionnaire d’aqueducs, on se rapproche de vrais gouvernements de proximité. Ensuite, la vague progressiste vue il y a quatre ans a toutes les chances de se reproduire, de s’amplifier et de faire de plus en plus front commun, comme en témoigne la création de la Nouvelle vague municipale. Enfin, un peu partout au Québec, les communautés locales sont actives : initiatives citoyennes, innovations démocratiques, création de nouveaux collectifs, manifestations, luttes territoriales, etc.
Il faut saisir cet élan. Depuis son lancement début février 2025, l’initiative Multitudes a parcouru le Québec. Pour écouter, comprendre ce qui nous anime collectivement et renforcer nos propositions. Près d’une centaine d’assemblées de cuisine, des rencontres dans différentes régions et une dizaine d’événements sur la démocratie locale, à Sainte-Anne-des-Monts, Saint-Eustache, Alma, Baie-Comeau ou encore Sherbrooke. Des réalités très différentes, mais un message commun : nous voulons des municipalités démocratiques, abordables et solidaires. Et ça passe autant par nos élus municipaux que par l’action des communautés.
Pourquoi démocratiques ? D’un côté, les frustrations sont fortes, sur de nombreux plans : décisions opaques, limites des mécanismes d’implication citoyenne, influence indue d’acteurs commerciaux, etc. D’un autre côté, les occasions sont nombreuses pour réenchanter notre démocratie. Centre communautaire à Saint-Valérien, forêt Boucher à Gatineau, accès aux lacs à Sainte-Anne-des-Lacs, les exemples foisonnent de projets qui ont été réalisés grâce à un fonctionnement démocratique renouvelé. Cela doit se multiplier, mais aussi évoluer vers une véritable logique de coproduction de politiques publiques. Comme l’amènent Transition en commun à Montréal ou le Grand Dialogue au Saguenay–Lac-Saint-Jean, c’est ce niveau de partage des risques et responsabilités entre forces vives de la société et pouvoirs publics qui va nous permettre de mener les actions décisives dont nous avons besoin face aux crises qui s’accumulent, notamment climatiques.
Nous lançons donc un appel structurant aux candidats partout au Québec : engagez-vous à mettre sur pied, dès votre entrée en fonction, un chantier sur la démocratie locale. Ce chantier, ouvert à la société civile et à la population, permettra de mettre en œuvre rapidement les innovations démocratiques les plus adaptées à votre territoire.
Pourquoi abordables ? Parce que trop de gens sur nos territoires souffrent, étouffent. Parce que nos villages et nos villes sont devenus trop chers. Or, une ville dynamique et prospère, c’est avant tout une ville où les habitants peuvent vivre, respirer et s’épanouir. Cela concerne le logement, mais aussi l’alimentation ou la mobilité et, surtout, le besoin de les combiner dans une stratégie d’abordabilité cohérente et coordonnée avec d’autres priorités collectives. Avec ces lunettes-là, les propositions se multiplient : solutions de logement hors marché, tarification sociale en mobilité, réseau de coopératives d’alimentation, etc.
À chacun d’adapter sa stratégie à son contexte local. Un tel recentrage de nos orientations économiques autour des gens qui habitent nos territoires, plutôt que de multinationales qui viennent l’exploiter sans état d’âme, nous ouvre un champ de possibles pour revitaliser nos municipalités et sortir de logiques de régions ressources d’une autre époque.
Pourquoi solidaires ? Parce que nous devons être à la hauteur des défis du moment, qui sont extraordinaires. Face à l’extrême droite qui avance partout, nous devons profiter de chaque occasion pour exprimer notre solidarité. Avec les nations autochtones, par des engagements propres au contexte municipal ou une contribution aux luttes contre le projet de loi 97 de réforme du régime forestier. Avec ce qu’un nombre croissant d’institutions et d’experts internationaux dénoncent comme un génocide en Palestine, où notre humanité s’écroule — toute voix doit être exprimée pour faire respecter le droit international.
Avec beaucoup d’autres encore ; la liste est longue. Mais surtout, c’est un appel aux municipalités et à leurs habitants à ne pas se laisser enfermer dans leurs bulles et dans l’illusion du tout-au-local. À se lier entre elles et avec d’autres, d’ici ou d’ailleurs dans le monde, à composer, à tisser progressivement un front commun. La solidarité, c’est une éthique, mais c’est aussi un rapport de force. Et nous aurons besoin de cette force pour la suite et pour faire de 2026, pourquoi pas, une grande année de mobilisation terrain. Parce que les pouvoirs à reprendre sont nombreux et ils nous attendent !
Voilà les municipalités que nous voulons : démocratiques, abordables et solidaires. C’est aussi de cette façon que nous pourrons briser la lourdeur qui nous est imposée actuellement, nous sentir vivants et retrouver de la joie et de l’enthousiasme. Cette lettre est une invitation collective à réfléchir à nos engagements. Cela peut toucher à nos implications, en temps ou en argent, dans des groupes locaux, des organismes communautaires ou des entreprises d’économie sociale. Mais cela touche d’abord à nos idées et à nos pratiques du quotidien. Prenons notre voix.
Nous n’amenons ici que quelques propositions. Quelles sont les vôtres ? Que voyez-vous passer, chez vous, dans votre ville, ailleurs ? Prenez votre plume, votre téléphone et exprimez-les, seuls ou en groupe, en ligne ou dans vos journaux locaux, par écrit ou en vidéo, toujours autour du même message, pour renforcer notre discours et notre pouvoir.
Ont cosigné ce texte : Bertrand Fouss, Montréal ; Anouk Nadeau-Farley, Saint-Fulgence ; Nadia Cardin, Montréal ; Maude Labrecque-Denis, Rouyn-Noranda ; Nancy Neamtan, Montréal ; Jonathan Durand Folco, Gatineau ; Jean-Marc Chouinard, Montréal ; Annie-Pier Caron Daviault, Mont-Laurier ; Émilien Gruet, Montréal ; Sonia Racine, Québec ; Akina Matsuo, Montréal ; Olivier Riffon, Laterrière ; Félix Bussières, Québec ; Stephan Morency, Montréal ; Carol Saucier, Gaspé ; Vincent Van Schendel, Montréal ; Jacques Ouellet, Carlisle ; Allison Reynaud, Montréal ; Madeline Lefebvre, Rouyn-Noranda ; Alice Chipot-Rivera, Montréal ; Marie-Amélie Dubé, Saint-Alexandre-de-Kamouraska ; Nadim Tadjine, Montréal ; Joël Nadeau, Saint-Camille ; Mélanie Busby, Montréal ; Marie-Ève Bélanger-Southey, Montréal ; Pierre-Élie Hupé, Kamouraska ; Léa Ilardo, Montréal ; Steve Joncoux, Saint-Marcellin ; Jean-Noé Landry, Montréal ; Eloi Halloran, Saint-André-Avellin ; Miriam Fahmy, Montréal ; David Major, Contrecœur.