Bien que les régions rurales des Appalaches et du Sud profond, au sud-est des États-Unis, se distinguent par une production agricole abondante, elles sont également marquées par une forte insécurité alimentaire. C'est dans ce contexte qu’une étude a été menée afin d’analyser les programmes d’accès à l’alimentation mis en place par et pour les communautés locales de ce territoire et la manière dont ces initiatives communautaires cherchent à améliorer l’accès des populations à faible revenu aux fruits et légumes locaux. Au total ce sont 24 programmes qui ont été identifiés, onze ont été analysés plus en profondeur.
Basée sur des entretiens et une recherche documentaire, l'étude identifie que ces programmes reposent sur quatre modèles principaux qui se distinguent par la place laissée au marché et par l’ambition de transformer (ou pas) le système alimentaire local. Le modèle caritatif repose sur l’aide alimentaire d’urgence fournie par les banques alimentaires. Bien que ces programmes soient soutenus localement, ils peinent à mobiliser durablement la communauté et à accéder à des financements. Le modèle de soutien propose également une aide alimentaire d’urgence, mais en mobilisant les ressources locales. Ce modèle valorise la participation de la communauté et intègre souvent des volets éducatifs sur le jardinage, la nutrition et la cuisine. Le modèle de restructuration cherche à réorganiser le système alimentaire local en dialoguant avec la communauté pour identifier besoins et ressources, tout en mettant l'accent sur la justice alimentaire. Il favorise une culture de partage alimentaire et vise à améliorer le bien-être de la communauté de manière durable. Enfin, le modèle de marché tente d’améliorer l'accès aux produits frais en adaptant les logiques de marché aux particularités de la communauté desservie. Ce modèle tente d’améliorer les conditions des producteurs locaux et de réduire la distance entre producteurs et consommateurs, avec l'amélioration du bien-être communautaire comme objectif secondaire. Même si les programmes des deux régions relèvent des quatre modèles, l’étude met en évidence des différences significatives entre les deux régions, lesquelles reflètent leurs dynamiques culturelles et sociales respectives. Dans la région des Appalaches, les initiatives s’appuient principalement sur des valeurs d’entraide et de partage alimentaire, tandis que dans le Sud profond, elles sont davantage orientées vers l’éducation, la transmission des traditions agroalimentaires et la réappropriation de l’agriculture par les communautés marginalisées.
Les enseignements
Savoir comment l’agriculture de proximité pourrait jouer un plus grand rôle dans la lutte contre l’insécurité alimentaire est une question qui traverse périodiquement les réseaux alimentaires alternatifs, d’autant que le prix est souvent cité comme étant un problème pour les ménages défavorisés. L’article a le mérite de montrer la variété des logiques derrière les divers modèles sur lesquels reposent les programmes d’aide alimentaire. C’est le modèle de restructuration qui affiche le plus d’ambitions quant à la transformation en profondeur des systèmes alimentaires, mais ses défis sont grands et il a besoin de temps pour s’installer de façon pérenne.
pdf N°37, fiche n°5 – février – mars 2025
Rédaction : Marilou Ethier, Patrick Mundler
Ce bulletin vous est offert avec le soutien du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ)