Confronté à une baisse de la main-d'œuvre immigrée et à un recul de l’offre de travail domestique, le secteur agricole fait face à des pénuries croissantes de main-d’œuvre. Si les causes sont documentées, peu d’études ont analysé empiriquement les réponses concrètes des agriculteurs. Cette étude américaine examine ainsi les liens entre pénuries perçues et stratégies d’adaptation, tant au niveau des pratiques culturales que de la gestion du travail.
L’étude repose sur des données recueillies entre 2014 et 2018 auprès de 671 entreprises agricoles en production végétale en Californie. Elle évalue l’impact des pénuries de main-d’œuvre sur quatre stratégies d’adaptation : hausse des salaires, ajustements des pratiques culturales, adoption de technologies et recours à des contracteurs spécialisés. Les pénuries se sont nettement accrues, touchant 14 % des producteurs en 2014 et 40 % en 2018. La réponse la plus fréquente a été l’augmentation des salaires (81 % en 2018), surtout dans les productions intensives en main-d’œuvre comme le maraîchage. Environ un tiers des producteurs ont modifié leurs pratiques culturales, par exemple en reportant ou réduisant certaines tâches (désherbage, récolte). L’adoption de technologies permettant de réduire les besoins en main-d’œuvre a progressé (de 25 % à 56 %), en particulier dans les fermes les plus dépendantes de la main-d’œuvre. Le recours à des contracteurs a aussi augmenté (de 49 % à 63 %), bien que moins fréquent dans les productions intensives en main-d’œuvre. Ces stratégies, souvent combinées, illustrent les ajustements concrets face à une pression croissante sur la main-d’œuvre.
Les enseignements
Cette étude fournit une analyse empirique des stratégies d’adaptation mises en œuvre par les producteurs agricoles face à la pénurie croissante de main-d’œuvre. Nous soulignons deux enseignements. D’abord, sans grande surprise, les productions à forte intensité de main d’œuvre sont les plus menacées par cette pénurie de main d’œuvre. Cette menace est telle que les auteurs estiment même qu’à l’avenir, certaines productions ne pourront plus être produites aux États-Unis et seront délocalisées, par exemple au Mexique. On peut se demander si certaines productions québécoises particulièrement intensives en travail, ne seront pas elles aussi touchées par cet abandon. Ensuite, toutes les exploitations spécialisées dans des productions à forte intensité de main d’œuvre sont concernées par la pénurie de main d’œuvre, quelle que soit leur taille. Mais pour les plus petites, les solutions permettant d’améliorer la productivité du travail comme l’appel à de la sous-traitance ou à des investissements technologiques sont proportionnellement plus coûteuses et ce décalage risque de renforcer les dynamiques de concentration agricole. Dans le contexte québécois, ces constats peuvent malheureusement contribuer à renforcer la surcharge de travail souvent constatée dans les fermes maraîchères de proximité.
pdf N°39, fiche n°5 – juin – juillet 2025
Rédaction : Marilou Ethier, Patrick Mundler
Ce bulletin vous est offert avec le soutien du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ)