Passons de "réussir" à "apprendre"... pour enfin réussir pour vrai

Il y a quelques temps que je n'avais pas pris le temps de vous écrire une nouvelle note. C'est que les notes que je crée, elles me servent surtout à faire un bilan de mes propres apprentissages de bibliothécaire spécialisée en éducation ouverte. Et les dernières semaines ont été riches d'apprentissages pour moi. Le genre d'apprentissage profond, inconfortable, qui demande du temps pour être bien intégré. Je me sens maintenant prête pour oser mettre mes derniers apprentissages en mots. C'est si utile de prendre le temps de verbaliser ses apprentissages! Ça fait partie du processus métacognitif d'intégration!

J'ai compris dernièrement qu'apprendre passe très souvent d'abord par l'étape de "désapprendre". Et c'est surtout cette étape qui est inconfortable et demande parfois du courage et de la persévérance. On prend contact avec un nouveau savoir qui, très souvent, vient discréditer un ancien savoir. On prend alors conscience qu'on portait cette mésinformation en nous... une fausse information dont on n'avait pas conscience. Et pourquoi c'est inconfortable? Hypothèse : parce qu'une partie de nous se sent responsable et coupable de cette mésinformation. Nous l'avons utilisée, l'avons propagée, sans savoir que c'était faux. Nous avons été dans "l'erreur". Et toute notre enfance, qu'arrivait-il généralement quand on faisait une erreur? On se faisait punir, culpabiliser, comme si nous avions voulu consciemment se tromper. On nous a appris à avoir peur de se tromper, que nous devions l'éviter à tout prix. Alors qu'au final, il est pratiquement impossible d'apprendre sans se tromper. Donc, au final, on s'est mis à avoir peur d'apprendre. Et si on prenait le temps de désapprendre ça, que l'erreur c'est mauvais? Cet apprentissage, j'y travaille depuis de nombreuses années et pourtant, elle persiste. Parce que notre monde fonctionne majoritairement en mode compétition. On est continuellement comparé. Si je fais plus d'erreurs que mon voisin, je suis menacée. On voudra me remplacer par quelqu'un qui fait moins d'erreurs. Et chaque fois que je fais une possible erreur, on m'affligera automatiquement l'étiquette d'"incompétente"... au lieu de me laisser le temps d'apprendre d'elle. Et quand je revendique le droit à l'erreur, on me perçoit comme bizarre... parce que ce n'est pas la norme.

J'ai compris qu'avec cette mésinformation sur l'erreur en moi, ça générait une mauvaise définition "d'apprendre". Et au final, ça avait aussi un impact sur ma compréhension de c'est quoi "réussir". Réussir, quand on croit que l'erreur c'est mauvais, ça revient à vouloir créer des projets en faisant le moins d'erreurs possibles, et donc en apprenant moins... n'est-ce pas ça une réelle erreur? Ça revient aussi à mettre toute l'emphase sur le résultat. Un projet réussi, c'est un projet qui fonctionne, qui récolte des prix, des médailles et des trophées. Une étude scientifique réussie découvre des choses grandioses. Un athlète olympique qui réussit revient avec des médailles. Est-ce vraiment ça réussir?

Et si on mettait notre focus sur "apprendre" au lieu de vouloir "réussir" à tout prix en mode compétition? On arrêterait d'avoir peur de se tromper. On apprendrait de nos erreurs et ainsi, on évoluerait beaucoup plus vite. Et si au fil de nos apprentissages, on en venait à la conclusion que nous avions pris le mauvais chemin, que le projet n'est pas le bon, que nous n'avons pas mis nos énergies au bon endroit... on accepterait alors que "l'échec" possible du projet est en fait une possible grande réussite! La réussite est ainsi liée au processus d'apprentissage et non plus au résultat! Et on finirait par comprendre qu'un athlète qui réalise que pour lui, vouloir à tout prix finir 1er l'amènerait à faire une erreur, son 112e rang est alors une grande réussite pour lui! Ou à l'inverse, l'athlète qui termine au 1er rang, au détriment de sa santé et de l'amour de lui-même est face à un possible "échec" où il a refusé d'apprendre! 

Réussir à apprendre, n'est-ce pas plus productif que de vouloir réussir tout court? Et que nous demandent souvent nos gestionnaires? Des mesures de réussite. Donc si en cours de projet, on se rend compte que ce n'était pas le bon projet, on risque de tout faire pour lui donner l'air d'une réussite au lieu de simplement arrêter le projet et en démarrer un autre plus aligné avec nos apprentissages. Et on risque d'avoir honte de cet "échec" au lieu de voir ça comme une réelle réussite! Tout est une question de perspective!

Ces savoirs sur l'erreur, je les enseigne régulièrement. Et pourtant, je retombe souvent dans le piège, celui d'avoir honte de mes erreurs et de bloquer mes apprentissages, surtout quand les autres autour de moi tentent de me le faire croire aussi. J'ai donc compris dernièrement l'importance de prendre le temps de se pardonner. Et l'importance de parler ouvertement avec courage, malgré la mésinformation chez les autres.

En terminant, vous vous demandez peut-être quel est le lien de tout ça avec l'éducation ouverte? L'éducation ouverte tente de prendre conscience des barrières à l'éducation et à l'apprentissage. N'est-ce pas une barrière importante que ces fausses conceptions de l'erreur, de l'apprentissage et de la réussite? Ces éléments sont à la base de toute éducation.

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Intégré par Marilou Bourque, le 6 février 2024 12:27

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6 février 2024

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6 février 2024 12:27

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