18 août - Table ronde - Communs et décroissance

Cet événement a eu lieu dans le cadre du Festival Virage 2023.

Les communs.  On en a parlé dans presque toutes les éditions de Virage. Cette année on en jase encore, mais surtout du point de vue de la pratique et dans une perspective de décroissance. Quels constats pose la décroissance et que nous propose-t-elle comme alternatives? À quoi ressemble un projet inspiré de ces concepts? 

Participant·es

Yves-Marie Abraham, professeur à HEC Montréal et auteur d’une synthèse sur la décroissance intitulée Guérir du mal de l’infin (2019), nous propose de réfléchir sur les communs comme moyen et fin d’une politique de décroissance. 

Marie-Soleil L’Allier, doctorante en science de l’environnement, nous présentera les pratiques sociales et les conditions favorables des communs en émergence du Québec. 

Noémi Bureau-Civil, militante dans le Bas-Saint-Laurent, abordera les pistes de solution décroissanciste pour faire advenir des sociétés plus soutenables écologiquement, plus justes et plus démocratiques. 

La Couverte est une coopérative de construction bas-laurentienne. Ses membres  témoigneront de leur expérience s’inspirant des bases théoriques des communs:  mutualisation d’outils et des savoir-faire.

La communalisation comme moyen et fin d’une politique de décroissance

Qu’est-ce qu’un commun ?

  1. Un collectif d’êtres humains cherchant à prendre en charge par et poureux-mêmes une ou plusieurs nécessités de l’existence – autoproduction/ refus de la marchandise
  2. Mettant en commun le ou les « moyens » nécessaires à la prise encharge de cette ou ces nécessités - communalisation / refus de lapropriété (privée et étatique)
  3. Partageant de manière égalitaire les décisions concernant lefonctionnement de ce collectif – démocratisation / refus des rapportsde domination
  4. Entretenant les uns à l’égard des autres des relations d’entraide et deréciprocité – coopération / refus des rapports d’exploitation

Qu’est que la communalisation ?

  1. La communalisation est la démarche qui consiste à tenter d’assurernotre subsistance via des communs
  2. Il n’y a pas de communs purs, mais toute richesse peut êtrecommunalisée
  3. La communalisation peut s’appliquer à toutes sortes de nécessités,dont celle d’échanger entre humains
  4. Le commun se constitue à part ou contre l’entreprise capitaliste (nonpas le « marché ») et l’État bureaucratique.
  5. Le principe clé du commun, c’est l’autonomie: se prendre en chargecollectivement et se donner ses propres lois.

Qu’est-ce que la décroissance ?

  1. Un appel à stopper volontairement et collectivement lacourse à la croissance économique
  2. Cette course à la croissance s’avère destructrice, injuste etaliénante (déshumanisante)
  3. La décroissance est un appel à produire moins, partager plus,décider ensemble
  4. L’objectif : bâtir des sociétés plus soutenables, plus justes, plusdémocratiques

L’apport des communs pour la décroissance ?

  1. Une mise en pratique immédiate, dans les interstices des sociétés decroissance, du « partager plus et décider ensemble », mais aussi du« produire moins » (autolimitation)
  2. C’est donc à la fois le moyen de commencer à sortir de la course à lacroissance et la préfiguration d’une autre manière de vivre ensemble,plus soutenable, plus juste, plus démocratique (fin)
  3. Une démarche moins exigeante que les communautés intentionnelles,menacées d’épuisement, et plus radicale que celle qui fonde lesentreprises d’économie sociale, menacées de récupération

Limites des communs ?

  1. Tout commun reste menacé d’épuisement et/ou de récupération ausein de la civilisation industrielle (capitalisme + technosciences + Étatbureaucratique)
  2. Un autre risque : constituer des îlots relativement paisibles, occupéspar une certaine élite, sans effets sur « la grande société »tumultueuse, et dépendants d’elle
  3. Nécessité de collaborations entre communs, mais aussi d’un couplageavec des luttes politiques, pour arracher du soutien à ces initiatives etcontrer les dominations que nous subissons
  4. Nécessité aussi d’approfondir/préciser la critique de la civilisationindustrielle, tout en imaginant des mondes post-croissance désirables,pour « ne pas perdre le Nord »!

Principes d’un monde post-croissance ?

  1. Défendre une subsistance relocalisée, contre la marchandise et lamondialisation
  2. En prenant appui principalement sur des communs, contre l’entreprisecapitaliste et le salariat
  3. En privilégiant une démarche low tech (soutenabilité, accessibilité,contrôlabilité), contre les technosciences et leurs infrastructures
  4. Dans le cadre de municipalités autonomes et fédérées, contre l’État-nation et sa bureaucratie
  5. A l’échelle de biorégions désurbanisées, contre la métropolisation dumonde et le « mode de vie impérial »

Une proposition trop utopique ?

  1. Un ensemble de principes cohérent avec la triple exigence desoutenabilité, de justice et de démocratie sur laquelle se fondel’idéologie décroissanciste = direction à emprunter
  2. L’avènement d’un tel monde est sans doute très improbable, maisconstitue néanmoins un possible, qu’il s’agit de défendre.
  3. Un autre possible qui nous menace : une gestion autoritaire des crisesà venir, au nom de l’impératif de survie
  4. Tenter de faire advenir cette « société des communs » ou ce monde« communaliste » est une manière de lutter contre un tel risque.
  5. Nous perdrons peut être la bataille, mais sans avoir renoncé aumeilleur de notre humanité.

Typologie des pratiques de commoning en émergence au Québec

À retenir

  • il n’existe pas de communs purs
  • les néo-communs qui naissent dans les société contemporaines tentent d’allier au mieux les caractéristiques des primo-communs, tout en y intégrant une part + ou - importante de marchandisation et de bureaucratisation

Définir les caractéristique du commoning

  1. activité de production, d’utilisation et de reproduction
  2. activité qui vise à satisfaire les besoins (économie de la subsistance)
  3. activité volontaires et motivation intrinsèque
  4. activité auto-organisé et autonome (des logiques du marché et ctrl de l’état)
  5. activité entre pairs
  6. principe d’inclusion
  7. médiation entre les communs et avec la société capitaliste

La méthodologie de recherche

Sondage administré à 70 communs, analysé grâce à une procédure mathématique qui regroupe les gens qui ont répondus de la même manière aux mêmes questions. Donc la typologie émane des données, et non de mes a priori.

5 grandes familles de pratique

Les projets étatisés-marchandisés (pas vraiment du commoning)

5 projets : Centre de la petite enfance (CPE), Coopérative en soins préhospitaliers, Coopérative de transport

  • ne concerne que 5 projets de l’échantillon
  • CPE, coop transport, coop transport pré-hospitalier, conversion entreprise privée en coop.
  • se distancie eux-même de l’ÉSS

les projets administré-sous-financé (aimeraient tendre vers + de commoning)

24 projets : Coopérative de santé, Centres culturels/sportif,  Coopérative d’habitation, Coopérative de  Télécommunication, Épiceries

  • ++ coop en santé, dans milieu rural
  • ++ infrastructures ou de professionnel coûteux (construction, santé)
  • montage financier complexes, très institutionnalisé, non récurrent, non reconnaissance de leur ontologie

les projets héro-porté 

13 projets : Projets culturels, Projet de changement social pour jeunes racialisés, Centre d’apprentissage pour jeunes marginalisés, Coopérative de Télécommunication, Projets agricoles, Plateformes numériques Open source

  • repose sur des porteurs héroïques
  • contribution difficile de la communauté, peu de soutien de l’État
  • besoin d’accompagnement pour aller vers + de commoning
  • ++ secteur marginalisés (BIPOC, santé mentale, art et culture)

les projets participatifs

11 projets : Projets d’agriculture urbaine, Projet de géothermie communautaire, Espace public citoyen, Initiative de transition

  • ++ projet écologique
  • peu besoin de financement,
  • accès gratuit aux infrastructures via gouv. locaux
  • salariés pour la coordination
  • décition tous ensemble par consentement
  • ++ relation avec la communauté avoisinnante

les projets relationnels

17 projets : Projet d’indépendance autochtone, Communauté intentionnelle, Monnaies locales, Banque de temps, Initiative de transition, Intégration citoyenne de réfugié.e.s

  • + autonome face à l’État et au capital
  • très décentralisé (consentement, groupe de travail, toute personne volontaire)
  • + peu de salariés
  • repose sur l’implication de ++ personnes
  • monnaie locale, épicerie auto-gérée, banque de temps, initiative transition, projet indépendance autochtone
  • ++ difficile d’utilisation = changement paradigme

Cas concret : La Couverte

La Couverte est un collectif qui s’efforce de satisfaire ensemble, par et pour, un ou plusieurs besoins.

La forme juridique

Il s'agit d'une coopérative de solidarité à but non lucratif, ce qui implique un processus démocratique entre membre travailleurs et utilisateurs

L'objectif

Démocratiser la construction

Les besoins répondus

Le besoin de se loger / travailler en construction, mais selon des modalités qui se démarque du secteur de la constructionaccessibilité (trouver des moyens de réaliser des contrats à moindre coûts, mais aussi accessibilité par l’ouverture d’esprit, l’inclusivité.)

Le défi : Construire une organisation alternative dans un secteur très homogène.

La construction est un secteur syndiqué où il est difficile d’accoter les conditions de travail. En contrepartie, ces conditions de travail viennent avec une culture d’entreprise axée sur la production et la performance qui fait que les consommateurs s’attendent à des coûts élevés oui, mais aussi à un certain rendement et une manière de faire connue et standardisée (soumission gratuite, contrats à forfait, prix fixe (même si les extras)

Pour parvenir à faire du profit, les entrepreneurs doivent se spécialiser, choisir les contrats les plus simples, avec le moins de surprises et cela entraîne une homogénéité qui se fait sentir même dans l’esthétisme de nos paysages ajd.

Il est difficile de proposer quelque chose de différent, un travail sur mesure, à prix coûtant majoré, parce que les lois du marché s’appliquent aussi à nous et pour survivre, on doit sans cesse s’approcher de la norme fixée par l’industrie, incluant assurances, frais de transport, prix des matériaux. 

Travailler à prix coûtant majoré est la manière la plus transparente de procéder, mais implique des risques pour les consommateur.rice.s, ce qui rend très difficile d’inclure des travailleurs et en l'occurrence des travailleuses avec moins d’expérience dans notre équipe.

Le type de chantiers que l’on fait se prête aussi assez mal à la formation (casses-tête, diversité des techniques, vieilles bâtisses, diversité des matériaux, diversité des demandes de services, etc.). Le type de chantiers qu’on fait est souvent des chantiers que d’autres entrepreneurs ont moins envie de faire, parceque plus imprévisible et complexe, mais c’est justement là que se situe le besoin.

Les frais d’exploitation sont considérables (admin + assurances), surtout en économie sociale, où la culture d’entreprise que l’on tente de cultiver, la flexibilité, la transparence prend du temps. L’endettement aussi, parce que la construction demande un bon fond de roulement, on brasse beaucoup d’argent.  Ces frais d’exploitation à payer annuellement force un certain niveau de production et met la pression sur tout le monde. On se retrouve dans une logique de croissance où il faut générer toujours plus de revenus pour atteindre nos objectifs.

Les moyens (matériels ou immatériels)  sont mis en commun accès et co-responsabilité sans en être propriétaires 

Oui, mais la mise en commun et la démocratie impliquent du temps de gestion.

Par ailleurs, se prêter des outils ça marche, se montrer comment les utiliser c’est une autre branche d’activité en elle-même.

Mais en théorie, tout ce que possède la coopérative appartient à ses membres en tant que collectif qui peut en disposer comme bon leur semble.

En pratique, la responsabilité et les décisions se prennent beaucoup au niveau de l’équipe de travail et du conseil d’administration (où sont représentées toutes les catégories de membres.)

Une solution serait la mobilisation, mais en pleine pénurie de main d'œuvre et d’inflation, quand tout le  monde est fatigué et sollicité de toute part, on ne peut pas compter sur l’implication bénévole.

Autre angle : une certaine dépendance à l’État, mais en même temps un atout concurrentiel 

Le contenu de cette note provient de la présentation d'Yves-Marie Abraham, de Marie-Soleil L'Allier et des membres de La Couverte

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Intégré par Marie-Soleil L'Allier, le 15 août 2023 12:03
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Publication

15 août 2023

Modification

7 novembre 2023 09:17

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Pour citer cette note

Marie-Soleil L'Allier. (2023). 18 août - Table ronde - Communs et décroissance. Praxis (consulté le 22 juillet 2024), https://praxis.encommun.io/n/TprSYCldkDM93UK3HK88_NGiv68/.

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