Suis-je toujours un bibliothécaire?

Cette note fait partie d'une série dans laquelle j'explore des questions qui m'habitent, et pour lesquelles je n'ai pas nécessairement de réponse.

Lieu communautaire dédié à la curiosité humaine, tel que généré par l'intelligence artificielle.

J'ai passé mon enfance et mon adolescence à lire et à fréquenter les bibliothèques publiques. À l'époque, ma perception des bibliothèques, nourrie par mon expérience et l'imaginaire populaire, était celle de la plupart des gens: des lieux où on peut emprunter des livres, et dans certains cas, des disques ou des films. Un service municipal pratique, quoi.

Entre 2007 et 2009, c'est en étudiant à la maîtrise en sciences de l'information, puis en devenant moi-même bibliothécaire à la Ville de Montréal, que j'ai commencé à développer une passion pour le rôle de la bibliothèque publique dans la société. 

Le Manifeste de l'UNESCO sur la bibliothèque publique affirme ceci:

La bibliothèque publique, porte d'accès de proximité à la connaissance, offre les conditions de base nécessaires à l'apprentissage tout au long de la vie, à la prise de décision autonome et au développement culturel de l'individu et des groupes sociaux. Elle est nécessaire à la vitalité de sociétés de la connaissance, car elle permet l'accès à la création et le partage de connaissances de tous types, y compris scientifiques et locales, et ce sans barrières commerciales, technologiques ou juridiques.

Cette mission, je la considère d'une importance immense dans nos sociétés. Encore plus que l'école, la bibliothèque publique est une porte ouverte sur la communauté, ouverte à tous·tes, peu importe l'âge ou la condition socio-économique. 

À une époque de désinformation et de fragilité de nos démocraties, comment le milieu des bibliothèques peut-il incarner encore davantage son rôle social? Cette question, plusieurs bibliothécaires se la posent partout dans le monde, et j'ai eu l'occasion d'y contribuer de mes réflexions au fil des années. Si cela vous intéresse, je vous invite à découvrir quelques-uns de mes écrits sur le sujet dans ce carnet, et en particulier ce texte prononcé à la bibliothèque Dokk1 en 2017. 

Voici quelques-unes des idées qui m'habitent autour de cette question:

  • La bibliothèque n'est pas avant tout un lieu, mais une institution. Son terrain de jeu est la communauté qu'elle dessert dans son ensemble. Les bâtiments, les collections, la programmation, etc., sont des moyens et non la fin en soi. L'institution bibliothèque peut sortir des sentiers battus et accomplir sa mission de manière surprenante et inédite, en complément bien sûr à l'offre actuelle qui a toujours sa raison d'être.
  • Les personnes membres d'une communauté desservie par une bibliothèque ne devraient pas être perçues comme des clientes ou des usagères, mais comme des participantes au grand projet de société qu'est celui de l'accès au savoir et à la culture. La bibliothèque devrait faciliter la circulation des savoirs au sein de sa communauté, en reconnaissant que ces savoirs sont largement tacites et détenus par les membres de la communauté elle-même. Les bibliothèques devraient être beaucoup plus participatives et centrées sur leur communauté — c'est aussi ça, «briser le paradigme du document». La bibliothèque Louise Michel incarne bien cette posture.
  • Les bibliothécaires forment une communauté mondiale de personnes ayant comme vocation la démocratisation des savoirs et de la culture, et leurs actions dépassent celles des institutions «bibliothèques». Ce n'est pas un hasard qu'il y ait autant de bibliothécaires impliqué·es dans des projets comme Wikipédia, par exemple. On peut — et on gagnerait — à voir davantage de bibliothécaires occuper toutes sortes de fonctions sociales, dans tous les milieux.

Être bibliothécaire est aujourd'hui une profession qui peut prendre plusieurs formes: les «bibliothécaires de référence» vont accompagner les usager·ères dans leur recherche, les «bibliothèques systèmes» vont gérer l'infrastructure technologique, alors que d'autres bibliothécaires vont jouer des rôles de direction et de gestion. Mais tous les bibliothécaires appartiennent à une grande famille qui se retrouve derrière une vocation pour l'accès universel au savoir et à la culture. 

En d'autres mots, les bibliothécaires peuvent selon moi maintenir leur identité tout en étant également des dirigeant·es d'organisations, des élu·es, des organisateur·trices communautaires, des enseignant·es, etc. Nos identités sont multiples, et c'est une force.

Alors, suis-je toujours un bibliothécaire? J'aime penser que oui, et peut-être même plus que jamais, car cette vocation, je la porte toujours et je considère que notre travail à Projet collectif y est très aligné. Pour 2024, parmi mes souhaits et objectifs pour Projet collectif, j'ajoute aujourd'hui celui de contribuer plus activement à nourrir les maillages entre notre travail et celui du monde des bibliothèques, notamment autour de la mobilisation des savoirs tacites dans les communautés territoriales, et de la sensibilisation à l'importance de l'ouverture des savoirs dans la société. Avis aux intéressé·es!

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Publication

24 janvier 2024

Modification

31 janvier 2024 10:54

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Pour citer cette note

Vincent Chapdelaine. (2024). Suis-je toujours un bibliothécaire?. Praxis (consulté le 19 juillet 2024), https://praxis.encommun.io/n/yMIt9DqlvErZFf1EPkTwl2gb1jk/.

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